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Numéro régulierRecensions

Stanley Péan, Noir satin, Montréal, Boréal, coll. « Liberté grande », 2024, 208 p.[Record]

  • Philippe Pinet

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  • Philippe Pinet Doctorant en histoire à Université du Québec à Montréal

Les habitués de l’émission Quand le jazz est là sur la chaîne d’ICI Musique auront de la difficulté à lire Noir satin sans se l’imaginer récité par son auteur, Stanley Péan. Le célèbre auteur-animateur nous a habitués, à travers les ondes et ses écrits, à nous transmettre sa passion et ses connaissances de cette musique qui s’écoute de préférence la nuit. Avec Noir satin, Péan poursuit son entreprise de transmission et de vulgarisation du jazz. Chacun des essais qui composent le livre « retracent le destin d’artistes qui ont été injustement négligées, mésestimées, cancellées par les historiens patentés du jazz, des hommes en grande majorité » (p. 18). Ces artistes sont, bien entendu, des femmes ; celles ayant trop souvent été réduites à la symbolique de la chanteuse de qui on se contente d’exiger une présence scénique magnifiée par une robe longue ; une robe noirsatin. Le livre se veut, d’abord et avant tout, un travail de réhabilitation de ces musiciennes qui, malgré un legs musical important, se sont vues « reléguées aux notes infrapaginales de l’histoire de cette musique » (p. 18). En plus d’une préface signée par l’écrivain-mélomane Gilles Archambault et d’une courte introduction, Noir satin offre quinze portraits d’artistes méconnues. Ceux et celles qui espèrent y trouver les récits de vie des grands noms du jazz au féminin auront plutôt l’occasion d’y découvrir des artistes moins connues. Le quinzième et ultime texte se penche sur la « Moïse noire » et icône de la liberté afro-américaine, Harriet Tubman. Fidèle à la thématique, Péan s’intéresse à son rôle de muse et à son influence posthume auprès de plusieurs générations d’artistes de toutes les origines et les disciplines, « un aspect négligé de son legs », selon lui (p. 186). Les quinze tableaux peints par Péan offrent certains éléments biographiques essentiels aux récits de vie de ces musiciennes : origines familiales et sociales, formation musicale, instrument de prédilection, débuts de carrières, percées professionnelles, enregistrements phares, partenaires de jeu notables, etc. À ces éléments s’ajoutent les dimensions du genre et de la race, qui font la singularité du livre. Celles-ci transcendent les exposés des oeuvres et des parcours présentés qui, à l’image d’un commentaire de Péan sur la vie de la trompettiste Clora Larea Bryant, ont été « condamné[es] par [leur] époque à cette exemplaire résilience » (p. 130) ; condamnées, donc, par le racisme américain et les tendances phallocrates – expression prisée et répétée à profusion par Péan – du milieu du jazz. Comment expliquer l’invisibilisation à laquelle elles ont été assujetties ? Elles ont pourtant fait montre d’une maîtrise instrumentale égale à ces grands jazzmen qu’elles ont, dans certains cas, accompagnés sur scène et en studio. Leur virtuosité ou bien leur talent d’arrangeuses ont même contribué à l’avancement du jazz. Pensons notamment à la pianiste Valaida Snow, multi-instrumentaliste (banjo, accordéon, clarinette, contrebasse, harpe, mandoline, saxophone, violon et violoncelle) avant l’âge de quinze ans et dont l’oeuvre contribua « d’une part à affranchir le jazz du carcan stylistique dixieland et de l’autre à faire connaître cette musique en Europe et à travers le monde au lendemain de la Première Guerre mondiale » (p. 68). Pensons aussi à la pianiste autodidacte Mary Lou William, une artiste « en avance sur son temps », « intemporelle » et « perpétuellement contemporaine » (p. 70) ayant joué, lors de ses soixante-dix années de carrière, aux côtés des Duke Ellington, Thelonious Monk, Louis Armstrong, Benny Goodman, Tommy Dorsey et Cecil Taylor. Et que dire de l’organiste Shirley Scott, dont Péan souligne le brio technique et le grand …

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