Chercheur indépendant affilié au Centre interuniversitaire d’études québécoises – Université Laval, Paul Aubin a consacré une importante partie de sa carrière à inventorier et analyser les manuels scolaires québécois. On lui doit notamment le catalogue en ligne Manscol qui répertorie plus de 49 000 titres. En 2006, Paul Aubin fut commissaire de l’exposition 300 ans de manuels scolaires, tenue à la Grande bibliothèque de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. L’exposition a mené à la publication d’un catalogue du même nom. Le présent ouvrage s’inscrit en continuité avec ces projets. Dès l’introduction, Aubin souligne l’importance qu’a eue cette « littérature initiatique » (jolie formule à la p. 16) au Québec. Figurant parmi les ouvrages les plus largement diffusés, elle est passée entre les mains de générations d’écoliers et fut souvent, pendant longtemps, le premier livre à entrer dans les foyers. Les manuels scolaires occupent d’ailleurs la part du lion dans le monde de l’édition (actuel et passé). Ce livre a l’intérêt de présenter une vue d’ensemble de l’évolution de l’édition scolaire au Québec, des débuts de la Nouvelle-France à 1963. Aubin y répertorie non seulement des manuels destinés aux élèves et étudiants de différents niveaux scolaires, mais aussi aux enseignant∙es (traités de pédagogie et manuels de préparation aux examens du bureau des brevets, par exemple). La balise temporelle supérieure de cette étude correspond à l’année précédant la création du ministère de l’Éducation, de même qu’à la parution du Rapport de la Commission sur le commerce du livre dans la province de Québec. La décennie voit également la disparition des communautés religieuses du monde de l’édition des manuels scolaires au Québec, après avoir été des actrices de premier plan à ce niveau pendant près de deux siècles. Aubin ne fait toutefois pas mention du célèbre essai pamphlétaire de Solange et Michel Chalvin Comment on abrutit nos enfants : la bêtise en 23 manuels scolaires, paru sensiblement à la même époque (Éditions du Jour, 1962), qui marqua son temps en provoquant une prise de conscience sur les idées et valeurs diffusées par les manuels scolaires. L’ouvrage se divise en cinq chapitres chronologiques, qui s’ouvrent sur quelques éléments de contexte quant à la société de l’époque (suivant une trame essentiellement politique en plusieurs chapitres et présentant des détails parfois très pointus). Puis, l’auteur situe les rôles et pouvoirs des Églises et de l’État en éducation (avec une attention particulière aux différentes communautés religieuses enseignantes). Aubin offre ensuite une vue d’ensemble des programmes scolaires, examine la production de manuels par disciplines d’enseignement et par langue (français, anglais et langues autochtones), présente leurs éditeurs et imprimeurs (livrant au passage des données difficilement accessibles, en particulier quant au tirage) et revient à la charge avec un portrait des principaux auteurs (leur occupation professionnelle et leur bagage en pédagogie, notamment). On pardonne volontiers à Aubin quelques coquilles (ex. : Fleury Mesply, p. 90.). Un survol du matériel pédagogique utilisé en complément aux manuels (cartes géographiques, affiches murales, jeux de cartes, disques 33 tours) conclut les chapitres. Les nombreuses redondances entre ces sections pourront agacer les lecteurs qui parcourent l’ouvrage d’un bout à l’autre. Ces redites seront toutefois précieuses pour ceux qui viendront ponctuellement y puiser une information plus ciblée. Étude fort bien documentée, on y reconnait le travail méticuleux auquel Aubin nous a habitués. Même les plus familiers avec l’histoire du manuel ou de l’éducation au Québec ressortiront de leur lecture agréablement surpris par les nouvelles connaissances acquises. On y apprend notamment que les deux premiers manuels, datant de 1765 et 1767, sont des catéchismes (le premier en français et l’autre en innu). Le premier traité …
Paul Aubin, Les manuels scolaires sous la loupe de l’historien (1630-1963), Québec, Septentrion, 2023, 398 p.[Record]
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Andréanne LeBrun Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)
