L’histoire des relations entre l’Occident et le peuple chinois, depuis le milieu du XIXe siècle, est couramment abordée sous ses aspects les plus sombres — pensons seulement aux politiques nord-américaines discriminatoires envers les migrants chinois jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale —, laissant un goût amer qui influence encore aujourd’hui le regard critique porté sur ces relations historiques controversées. Au début des années 2000, Serge Granger nous avait toutefois présenté un portrait contrastant de l’existence, plutôt méconnue, de relations entre le Québec et la Chine qui remontent à l’époque de la Nouvelle-France. Il relate, entre autres, le travail missionnaire et des liens historiques commerciaux forgés jusqu’au milieu du XXe siècle. Cette perspective illustre une relation historique présentant des aspects plus étroits et nettement plus reluisants. Devant une telle réalité, la nécessité d’entreprendre une réflexion ouverte sur les relations entre ces deux nations pour les périodes subséquentes s’imposait. L’après-guerre ouvre en effet la voie à une ère nouvelle où se tissent des liens entre les nations, et ce, à travers les préoccupations provoquées par la guerre froide. Le Québec n’échappe pas à cette réalité, et cet ouvrage s’invite précisément dans ce questionnement au cours de la Révolution tranquille à travers une recherche détaillée, où le constat d’une société civile québécoise intéressée et active dans ses relations avec la Chine est explicitement démontré. Contrairement à ce qu’on pourrait penser à partir du titre de l’ouvrage, ce livre ne concerne donc en rien les politiques internationales. En effet, dès le départ, l’auteure Yuxi Liu expose clairement que son ouvrage s’attarde aux relations entre les individus, alors que les échanges diplomatiques bilatéraux ne font l’objet d’aucun chapitre en particulier. Elle nous présente des gens issus des différentes sphères de la société civile québécoise, en interaction avec la société chinoise. Cette approche donne à l’ouvrage un caractère très humain et une sincérité dans les relations souvent très palpable. Bien que l’ouvrage soit fondé sur une approche scientifique, et que le sujet soit l’essence même de sa thèse de doctorat, l’auteure précise qu’elle intègre aussi une partie de son cheminement personnel, lié à son vécu de globe-trotteuse et à ses expériences culturelles. Le livre se concentre dès le premier chapitre sur les différentes approches et méthodes de l’histoire qui ont permis d’élargir les connaissances dans le domaine des relations internationales. Ce chapitre rend aussi compte d’une historiographie plutôt limitée quant aux relations entre le Québec et la Chine. L’auteure constate l’espace considérable qu’occupent les hommes politiques dans les relations sino-canadiennes, prouvant ainsi le besoin d’exprimer l’importance du rôle d’individus qui ne sont pas, de toute évidence, soumis aux responsabilités politiques officielles. Le deuxième chapitre s’intéresse aux universités québécoises. L’Université McGill et le rôle du professeur Paul Lin et de ses efforts pour faire connaître les particularités de la Chine occupent une place de choix. Tant dans le milieu universitaire québécois francophone qu’anglophone, on s’efforce de présenter une Chine qui se définit bien au-delà du discours médiatique, comme nous l’explique l’auteure. Le troisième chapitre s’intéresse au maoïsme, à son influence, et à savoir comment cette pensée a pu transcender certains mouvements sociaux dans le Québec de l’époque. On constate à quel point le maoïsme aura grandement contribué à définir l’image que certains militants de la gauche québécoise pouvaient donner à la Chine. Le chapitre suivant s’intéresse particulièrement à deux groupes québécois qui, à travers leur attachement et leur admiration pour la Chine, ont oeuvré à promouvoir l’amitié et la compréhension entre le peuple chinois et la population québécoise, au début des années 1970. Il s’agit de la Société Canada-Chine (SCC) et les Amitiés Québec-Chine (AQC). Par …
Yuxi Liu, Les relations Québec-Chine à l’heure de la Révolution tranquille, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2022, 312 p.[Record]
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Bernard Ouellet
Université de Sherbrooke
