Dans ce livre, Yvan Lamonde retrace L’évolution de l’idée d’indépendance du Québec au XXe siècle, soit 60 ans après que Maurice Séguin ait fait de même en 1962 dans une série de trois conférences télévisées qui ne furent publiées qu’en 1968. Ces deux lectures de l’évolution de l’idée d’indépendance sont complémentaires. Les années 1950 et le début des années 1960 représentent le moment où les mouvements indépendantistes prennent véritablement leur essor. Pour Séguin, cette floraison soudaine est liée au fait que les Québécois ont commencé à se « libérer de l’attitude de fédéralistes dépités », attitude qui s’alimente à « ce bon vieux mythe d’une égalité possible entre les deux nationalités ou mieux de la possibilité pour les Canadiens français d’être maîtres dans un Québec qui demeurerait à l’intérieur de la Confédération », comme le véhiculait encore Lionel Groulx à son époque ou, comme le fait aujourd’hui la Coalition Avenir Québec (CAQ). Selon Séguin, les indépendantistes des années 1960 auraient pris conscience que l’indépendance ne pouvait s’effectuer que « sur le plan politique d’abord » puisque le seul fait d’être « un peuple minoritaire dans une fédération, c’est être un peuple annexé ». Pour sa part, Yvan Lamonde fait ressortir que, depuis les deux dernières décennies du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, la Confédération a nourri la pensée indépendantiste. Elle a représenté « la caisse de résonance incontournable, le régime dont il faut sortir » (p. 157). Ce constat est enrichi tout au long du livre par la mise en perspective de l’évolution d’un argumentaire en lien avec l’esprit du temps. C’est ainsi qu’avant de s’inscrire dans une visée essentiellement politique, il a fallu, selon Lamonde, que la pensée indépendantiste se libère de la gangue religieuse qui l’enveloppait jusqu’alors et qui la limitait à un projet de conservation culturelle de la langue et de la religion. En d’autres termes, c’est de la rencontre de l’idée d’indépendance et de la perspective laïque dont il est ici question. De ce point de vue, on comprend mieux la structure de ce livre. Toutefois, malgré son importance, il n’y a pas que la laïcisation qui a joué dans la transformation du nationalisme québécois, surtout pour la décennie des années 1960. D’autres influences ont joué, en particulier l’expansion des universités et la révolution du « croyable » opérée par le développement de la science historique et des sciences sociales qui ont fait en sorte que de nouveaux référentiels se sont imposés pour traduire le bien-fondé des nouvelles revendications sociales et définir ce qu’est une nation. J’y reviendrai plus loin. Dans ce livre, Lamonde se propose de présenter « une histoire intellectuelle interne qui essaie de voir de l’intérieur par l’analyse comparée les argumentaires des positionnements indépendantistes au XXe siècle » (p. XIV). C’est pourquoi on ne retrouve que peu de points d’ancrage événementiels. Il demeure que le propos est extrêmement dense par l’ampleur de la période couverte, la diversité des acteurs et les nuances qu’il inscrit dans leurs rapports. Il est donc difficile d’en rendre compte convenablement sans le résumer et le citer abondamment. Pour l’écrire, Lamonde a bénéficié de l’appui de Michel Brunet, ex-diplomate devenu historien, et de Nino Gabrielli, bibliothécaire à l’Université de Montréal et chercheur spécialiste d’Hubert Aquin. L’histoire intellectuelle qu’il présente tient entre deux bornes temporelles. Elle s’amorce au moment où Jules-Paul Tardivel conçoit son projet d’indépendance en 1886 et s’étend jusqu’à la fondation, en 1968, du Parti Québécois par René Lévesque. On y retrouve trois moments principaux. La première partie du livre aborde « la reprise à droite de l’idée d’indépendance », qui va de 1886 jusqu’au début …
De la conservation culturelle à l’émancipation politique : réflexion autour du livre d’Yvan Lamonde sur L’évolution de l’idée d’indépendance du Québec au xxe siècle, PUL, 2025, 189 p.[Record]
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Jean Lamarre
Sociologue
