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van der Grijp Paul, 2025, Art Collecting and Gifts to Museums: An Anthropology of Donations. New York, Taylor & Francis, coll. « Routledge Research in Museum Studies », 202 p.[Record]

  • Catherine Barnwell

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  • Catherine Barnwell Département des sciences historiques, Université Laval, Québec (Québec), Canada

Dans son nouvel ouvrage, Paul van der Grijp, professeur émérite d’anthropologie à l’Université de Lyon, pose la question suivante : pourquoi les collectionneurs font-ils don de leurs collections à des musées ? Se concentrant surtout sur les collections d’art et d’artefacts, van der Grijp s’appuie sur des cas de collectionneurs d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie, certains contemporains et d’autres datant des XIXe et XXe siècles, pour tenter d’y répondre. Une première partie de l’ouvrage, divisée en quatre chapitres, explique les motivations derrière les pratiques de collectionnement. Selon une catégorisation proposée par l’auteur à partir des axes identifiés par l’anthropologue Stuart Plattner (1996), les facteurs qui motivent le collectionnement seraient psychologiques (liés au développement de soi), sociologiques (c’est-à-dire liés au rehaussement du statut social), économiques (les gains financiers qui peuvent être générés par la collection) et pédagogiques (liés à la transmission de connaissances acquises au sujet de sa collection). Une deuxième partie, comportant cinq chapitres, est centrée sur les musées et leurs collections. L’auteur commence par un historique de la tradition muséale en Europe occidentale et aux États-Unis, puis dresse un tableau des musées en Asie de l’Est, notamment en Chine et sur l’île de Taïwan. Van der Grijp aborde ici le rôle qu’ont joué les dons dans le développement des collections muséales à Taïwan ; il présente également des portraits de collectionneurs ayant fondé un musée autour de leurs collections personnelles d’art et d’artefacts. La troisième partie, composée de trois chapitres, tente de faire le pont entre cette exploration des musées et la discussion sur les collectionneurs de la sphère privée. Dans la continuité des travaux d’auteurs comme Susan M. Pearce (1995) et Russell W. Belk (1995), qui proposent que le collectionnement peut être lu comme un rituel sacré conférant une valeur particulière aux objets sélectionnés, l’auteur soutient en conclusion que le don d’une collection constitue une « deuxième étape vers leur sacralisation » (van der Grijp 2025 : 169, ma traduction). Les cas tirés des enquêtes de terrain de van der Grijp en Asie de l’Est et en Océanie, plus particulièrement à Taïwan et en Polynésie, font la force et l’originalité de son livre. Ces régions, qui demeurent moins explorées dans la littérature sur le collectionnement et la muséologie, se trouvent représentées dans les portraits de collectionneurs variés rencontrés à travers la lecture. Les descriptions de leurs collections et leurs communications avec l’auteur permettent d’entrevoir les éléments biographiques qui animent leurs pratiques en matière d’acquisition d’oeuvres et d’objets et, pour certains, les raisons qui ont motivé le don de leurs collections à une institution muséale. Le collectionneur Safe C. F. Lin, par exemple, a fondé le Shung Ye Museum of Formosan Aborigines pour y confier sa collection d’art et d’artefacts des peuples austronésiens et ainsi préserver l’héritage culturel de ces peuples autochtones au bénéfice de tous les Taïwanais. Le « don » de sa collection d’art et d’artefacts est interprétée par van der Grijp comme un don à une communauté imaginée, concept défini par Benedict Anderson (1983) : confiée à une institution muséale d’envergure nationale, cette collection privée est désormais rendue accessible, en théorie, à tous les membres de la nation taïwanaise. L’auteur donne aussi l’exemple de Shi Wen-long, pour qui la fondation du Chimei Museum à Tainan pour accueillir ses oeuvres d’art permet d’assurer la pérennité de sa collection sur un temps long. Les propos de ce collectionneur révèlent, dans les pratiques de collectionnement et dans la création du musée, le désir de faire trace, tout en affrontant sa propre mortalité. Les cas fournissent ainsi certaines réponses pertinentes à la question de recherche initiale …

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