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Gajardo Anahy, 2024, Autochtonies en terrain miné. Formation et fragmentation des Diaguita dans le Chili néolibéralisé. Genève, Métis Presses, 320 p.[Record]

  • Antoine G. A. Cailloce

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  • Antoine G. A. Cailloce Faculté des Sciences humaines et sociales, Université Paris Cité, Paris, France

Cet ouvrage de l’anthropologue suisse Anahy Gajardo est le résultat de près de deux décennies de recherche dans le « Huasco Alto », qui est le nom donné par ses habitants à la commune d’Alto del Carmen, dans la région d’Atacama, au nord du Chili. Il y est question d’un phénomène singulier et captivant : la résurgence d’« ethnies autochtones », c’est-à-dire de « groupes que l’histoire et l’anthropologie considéraient comme “éteints” » (p. 37). C’est plus précisément de l’ethnogenèse des Diaguita dont traite l’auteure. Depuis sa reconnaissance par l’État chilien, en 2006, comme etnia officielle, et jusqu’à aujourd’hui, cette dénomination est au centre de vifs débats, car obtenir la reconnaissance ou se revendiquer d’une certaine autochtonie, c’est entrer dans un jeu complexe de rapports de pouvoir avec une multiplicité d’acteurs et d’institutions. En effet, cette « (ré)émergence » (p. 37) des Diaguita est concomitante au gigantesque projet minier de Pascua Lama mené dans la même région par la multinationale Barrick. Cependant, l’ouvrage ne traite pas de « la lutte des Diaguita contre l’industrie minière », mais bien de « l’étude d’un processus de formation de l’autochtonie dans un contexte politique marqué par un conflit minier » (p. 183-184). Si l’auteure insiste sur ce point, c’est parce que la perspective de la lutte d’une communauté autochtone unie contre une entreprise diabolisée n’incarnant que menace environnementale et violation des droits de la personne est, dans les faits, une représentation réductrice et manichéenne d’une réalité autrement plus nuancée. « Lorsque l’on se rend sur le terrain, les choses sont rarement aussi binaires » (p. 88), souligne l’anthropologue, qui en atteste par son expérience de terrain prolongée. L’approche de Gajardo se situe donc à l’intersection de l’anthropologie politique et de l’épistémologie post-coloniale. C’est d’ailleurs l’objet de la première partie, où l’auteure donne à comprendre au sein de quels débats théoriques et conceptuels s’inscrit sa recherche. Pour ce faire, elle entreprend un rigoureux travail de définition de la notion d’autochtonie (chapitres 1 à 4), fixant les termes de la réflexion. Elle revient sur la reconnaissance des droits autochtones sur les scènes nationale et internationale, sur les conséquences insidieuses des politiques néolibérales chiliennes et du multiculturalisme latino-américain sur les communautés autochtones, puis sur le processus d’ethnogenèse d’une pluralité d’identités ethniques, dont l’identité diaguita. Ainsi, cet ouvrage parvient à ordonnancer minutieusement une grande diversité d’éléments, tout en ménageant une narration fluide et suivie. Gajardo alterne avec brio des passages répondant tantôt au format de l’argumentaire d’une publication universitaire, tantôt livrant une part plus intime de sa réflexion à partir de passages de son journal de terrain. Cet équilibre narratif relève d’une véritable gageure méthodologique. Dans le prolongement de la première, la deuxième partie du livre, « Enquêter en terrain “miné” », s’attèle à décrire en détail le cadre des enquêtes (chapitre 5) et leurs protagonistes (chapitre 6). De la vallée del Tránsito aux « arènes internationales » (p. 129) des Nations Unies à Genève ou New York, Gajardo expose ce décor à la « dimension multiscalaire » (p. 119) et y introduit les acteurs, qu’ils soient représentants d’associations autochtones, employés de l’entreprise minière ou fonctionnaires de l’État. Cette partie est aussi l’occasion pour l’auteure d’une réflexion sur sa pratique de l’ethnographie et son rôle en tant qu’anthropologue (chapitre 7 à 9). S’interrogeant sur la problématique cruciale de « l’extractivisme académique » et la figure de « l’anthropologue-vampire » (p. 183), Gajardo enjoint à penser une éthique de l’enquête ethnographique dans des termes concrets. Par exemple, étant donné le statut d’« enfant d’exilés politiques » (p. 174) chiliens ayant fui la dictature militaire d’Augusto Pinochet, l’histoire familiale …

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