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Bony Lucie, Sylvain Guyot, Bénédicte Michalon et Pierre-Yves Trouillet (dir.), 2025, Le pouvoir des objets. La construction matérielle de la domination. Lyon, ENS Éditions, 245 p.[Record]

  • Hinde Maghnouji

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  • Hinde Maghnouji Institut des mondes africains, Campus Condorcet, Aubervilliers, France

L’ouvrage collectif Le pouvoir des objets. La construction matérielle de la domination, sous la direction de Lucie Bony, Sylvain Guyot, Bénédicte Michalon et Pierre-Yves Trouillet, s’inscrit pleinement dans ce qu’on appelle désormais le « tournant matériel » des sciences sociales. Dès l’introduction, le lecteur est renvoyé à la question cardinale du livre : « Les objets ont-ils du pouvoir ? » (p. 7). Cette publication s’inscrit dans la continuité d’un atelier de recherche conduit entre 2017 et 2021 portant sur « les spatialités de la domination : matérialités et représentations » qui fut proposé dans le cadre du laboratoire Passages, une unité mixte de recherche du CNRS, de l’Université de Bordeaux-Montaigne, de l’Université de Bordeaux et de l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux. Il s’agit de penser ensemble la matérialité (sous des formes variées) et « les représentations de la domination ». Pour mettre en dialogue les objets et le pouvoir, ce travail prend appui sur trois principes : travailler sur un ensemble d’études empiriques, sur une « grande variété d’objets et de situations, et sur la pluralité des “registres d’expressions du pouvoir” » (p. 9). L’intérêt majeur de l’ouvrage réside dans sa capacité à démontrer comment les objets « s’imposent comme de puissants instruments matériels et symboliques permettant aux groupes et aux individus d’agir sur le réel et, donc, de construire et d’exercer un pouvoir (ou un contre-pouvoir) » (p. 11). Le livre est composé de huit chapitres regroupés en trois grandes parties. La première partie, « Objet, domination institutionnelle et résistance », revient sur le lien étroit entre la matérialité et la domination, qui repose sur des bases légales et bureaucratiques. En partant de trois institutions (un centre pour demandeurs d’asile en Roumanie, une prison en banlieue parisienne et une école au Cambodge), les articles de cette section analysent des objets ordinaires et les relations étroites qu’ils entretiennent avec les institutions et le pouvoir qu’elles exercent sur les corps. Le lit dans un camp de réfugiés (Bénédicte Michalon), le téléphone portable en prison (Lucie Bony), la badine, le drapeau et le manuel scolaire (Steven Prigent) sont autant d’outils qui ne sont pas nécessairement créés pour un contexte institutionnel précis, mais qui participent à dresser les corps (le lit et la badine) ou à résister à la façon dont l’ordre et le contrôle se diffusent (le téléphone en prison). La deuxième partie, « Objets et inégalités de position sociale », traite des dominations statutaires en analysant la matérialité comme production de « frontières sociales » et de « hiérarchies » (p. 113). Les articles de Pierre-Yves Trouillet et de Julie Picard s’articulent autour de la matérialité comme vecteur de la hiérarchisation sociale. Ces deux contributions, qui traitent du religieux, examinent le pouvoir comme distinction sociale tout en donnant à voir les mécaniques par lesquelles les groupes résistent. Les statues dans les sanctuaires hindous en Inde du Sud, tout comme les églises non coptes en Égypte, sont des objets à forte portée politique. Tout en soutenant des rapports de domination et des contre-pouvoirs, « ces systèmes d’objets jouent tour à tour le rôle de médiateur des rapports sociaux de dépendance et d’instrument d’émancipation pour les migrants » (p. 163). Enfin, la troisième partie, « Objets de médiations et de dominations territoriales », traite de la territorialité comme « production d’une aire de souveraineté et d’exercice d’une autorité politique » (p. 169). Les trois articles de cette dernière partie portent tous, d’une façon ou d’une autre, sur la manière dont les objets médiatisent l’identification à un territoire comme outil d’affirmation politique. Hervé Amiot propose d’analyser cette domination …

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