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Book ReviewsComptes rendus de livres

Tsing, Anna Lowenhaupt, Jennifer Deger, Alder Keleman Saxena et Feifei Zhou, 2025. Notre nouvelle nature. Guide de terrain de l’Anthropocène. Paris : Seuil, 519 pages[Record]

  • Émile Duchesne

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  • Émile Duchesne Université Laval

Cet ouvrage collectif se découvre comme une véritable bouffée d’air frais. Le collectif dirigé par l’anthropologue Anna Tsing – qu’on a connu pour ses ouvrages marquants sur la globalisation, dont Friction (2020) et Le champignon de la fin du monde (2017) – nous présente une contribution réfléchie collectivement, qui intègre des perspectives multidisciplinaires et multi-situées pour « pluraliser l’Anthropocène » et « résister à l’hégémonie largement inconsciente de certaines habitudes de pensée » (p. 347). Notre nouvelle nature est pensé comme un guide pratique et présente une série de concepts et d’approches pour informer les enquêtes de terrain à propos de l’Anthropocène. L’ouvrage est également conçu pour accompagner un complément en ligne, le Feral Atlas, une oeuvre de recherche-création visant à représenter graphiquement les phénomènes localisés de l’Anthropocène, tout en les reliant à des logiques qui les transcendent. Mis à part Tsing, le collectif est constitué de Jennifer Deger (anthropologue, artiste et spécialiste des humanités numériques, basée à la Charles Darwin University), Alder Keleman Saxena (anthropologue à la Northern Arizona University) et Feifei Zhou (designer et chargée de cours à la Columbia University). L’idée centrale du livre est que l’Anthropocène est fait de patch, c’est-à-dire d’une série d’espaces affectés par des bouleversements écologiques créant chacun une homogénéité anthropocénique dans un paysage autrement hétérogène. Ce faisant, les autrices souhaitent offrir un portrait complémentaire à la vision « planétaire » de l’Anthropocène, qu’elles associent aux sciences de la terre et du climat. En effet, l’Anthropocène a des effets planétaires, tels le réchauffement climatique, le rehaussement des niveaux des océans, la pollution atmosphérique, etc. Toutefois, ses effets les plus visibles, comme les espèces exotiques envahissantes, la désertification et l’effet homogénéisant des infrastructures industrielles, sont ancrés localement et sont invisibilisés par la lunette planétaire soutenue par certaines sciences naturelles. Selon les autrices, l’échelle planétaire condamne le concept d’Anthropocène, car il « suppose une humanité unifiée qui n’existe tout simplement pas. Il place un signe égal entre les responsabilités des élites et celles des pauvres et des opprimés. Il approfondit les divisions raciales – en les ignorant » (p. 44). En complément à la vision planétaire, le collectif aspire à raconter les histoires qui habitent les différentes échelles de l’Anthropocène. Ces histoires se laissent appréhender, affirment-elles, par l’enquête de terrain, et ce, qu’elle soit issue des sciences sociales, des sciences naturelles ou encore des arts. L’introduction et la première partie (« Patchs ») définissent l’approche générale du livre en problématisant les concepts de patch, d’infrastructure et de féralité, qui forment la trinité constituant l’épine dorsale de l’appareillage conceptuel des autrices. La deuxième partie (« Ruptures ») élabore sur les différents types de ruptures spatiales et temporelles créées par l’anthropocène. Cette conversation enchaîne logiquement sur la troisième section (« Histoires »), qui explore de nouvelles approches pour examiner le passé en élevant les êtres non humains au rang de « protagonistes historiques de l’Anthropocène » (p. 226). Enfin, l’ouvrage se conclut sur une quatrième partie intitulée « Épistémologies » où les autrices exposent des engagements méthodologiques visant à « penser dans et à partir de lieux précis », « embrasser plusieurs modes de descriptions » et « cultiver les connexions au travers les différences » (p. 343). Bien que l’ouvrage soit extrêmement unifié, ce qui est remarquable pour une oeuvre écrite par quatre personnes, il ne se laisse pas facilement résumer, tant les analyses sont nombreuses et approfondies. Pour le présent exercice de synthèse, je trouve plus pertinent d’évoquer les concepts les plus importants : ceux de patch, de féralité et d’infrastructure. J’évoquerai ensuite la troisième partie à propos …

Appendices