J’ai pour mandat de vous entretenir de l’économie mondiale et de nos grands enjeux. Ceux-ci sont, me semble-t-il, de deux ordres : Cette problématique de l’asymétrie et de la dispersion des performances est paradoxale. À un moment où l’on nous explique quotidiennement que la mondialisation sonne le glas des politiques nationales, nous observons au sein de l’OCDE une très grande dispersion des performances. Avec le sentiment que les politiques domestiques sont au coeur du succès des uns et de l’échec des autres. Je voudrais revenir à la conjoncture économique pour dire que la reprise mondiale est aujourd’hui bien engagée et très vigoureuse. Elle est très forte en Amérique du Nord et en Asie, avec une Chine au bord de la surchauffe et un Japon étonnamment dynamique. Elle reste vive aussi dans le monde anglophone (Royaume-Uni, Irlande, Australie, …). Mais cette reprise ne touche pas vraiment, malheureusement, les grands pays d’Europe continentale qui peinent à redémarrer. Globalement la conjoncture mondiale apparaît particulièrement favorable. Le climat de confiance des industriels s’est beaucoup amélioré et les perspectives personnelles de production sont très bonnes. Le graphique 1 illustre d’ailleurs fort bien ce propos. L’on y voit une hausse de la confiance du milieu des affaires aux États-Unis, au Japon et dans la zone euro. Parallèlement, les taux d’intérêt sont historiquement bas, tout comme les primes de risque, et l’accès au crédit est facile. Les problèmes de surinvestissement, enfin, semblent maintenant derrière nous. Aux États-Unis, les profits ont été rétablis et les gains de productivité sont exceptionnellement élevés. Toutes les conditions sont donc remplies pour que la croissance reste forte cette année et encore en 2005. Suffisamment forte aux États-Unis pour résorber le déficit de demande dès le début de l’année prochaine. Cette reprise est d’une vigueur telle qu’elle finira par s’étendre dans les mois qui viennent à l’Europe continentale, c’est-à-dire à l’Allemagne, la France et l’Italie. Jusqu’à présent, il faut le reconnaître, la demande interne est restée étonnamment molle dans les grands pays européens malgré le soutien apporté par les exportations. La confiance des consommateurs est effectivement plus élevée aux États-Unis et au Japon que dans la zone euro (voir graphique 2). Ce dualisme est particulièrement net en Allemagne où les industriels qui prospèrent à l’exportation sont très confiants, mais où les consommateurs qui alimentent la demande intérieure restent eux très moroses (graphique 3). Le contraste entre ce dualisme allemand et l’homogénéité du climat de confiance au Canada est à cet égard frappant (graphique 4). Ce qui paralyse donc l’Europe aujourd’hui c’est la perte de confiance des ménages (de nouveau le graphique 3). En Allemagne, les marchés du travail sont fragiles et la croissance pauvre en emplois ce qui suscite une forte épargne de précaution réduisant davantage la consommation. En Italie, la faible compétitivité des exportations pèse sur la croissance et donc sur le moral des ménages. En France, où les problèmes sont moins aigus, l’activité est repartie plus vite, avec une croissance annualisée qui s’établit à 3 % depuis l’été dernier. Malgré tout, le climat général reste maussade. Les capacités de redémarrage autonome de l’Europe sont donc très limitées et le salut viendra du renforcement de la demande mondiale pour autant que l’euro ne reparte pas à la hausse. L’un dans l’autre et à quelques exceptions européennes près, la croissance de l’économie mondiale est donc bien enclenchée. Mais cette reprise n’est pas sans zone de faiblesse. À l’OCDE, nous sommes sensibles à deux sources de fragilités : Il faut donc profiter de la période de prospérité qui s’annonce pour rétablir les finances publiques et tenir ses engagements. Le graphique 5 illustre …
Conférence ASDEQ-SCSE, 29e Congrès de l’Association Des Économistes Québécois (ASDEQ), Québec, le 6 mai 2004 : les enjeux économiques du Québec[Record]
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Jean-Philippe Cotis
Chef Économiste
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
