C’est à l’automne 2008 que j’entame des études en service social à l’Université d’Ottawa. De retour sur les bancs d’école après quelques années passées à l’étranger, je me lance dans le programme sans trop savoir exactement ce qui m’attend, mais en débordant néanmoins d’enthousiasme à l’idée de franchir les portes du monde universitaire. À cette époque, je suis habitée par un sentiment d’impuissance face aux problèmes sociaux qui m’entourent, dont certains m’ont particulièrement ébranlée durant mon parcours à l'international. C’est notamment ce sentiment qui m’a poussée vers la voie du service social. J’étais en effet convaincue que cette profession me permettrait d’une façon ou d’une autre d’aider des individus et des collectivités et, de manière plus large, de contribuer à un monde meilleur. Portée par mes idéaux de gauche et fortement motivée à changer le monde, je me lance avec optimisme dans cette nouvelle aventure, oscillant entre espoir et incertitude, mais somme toute impatiente de commencer mes cours et de rencontrer mes professeures et professeurs et collègues de classe. À l’horaire du semestre d’automne : le cours d’introduction au service social, enseigné par Nérée St-Amand. Nous devons être une centaine d’étudiantes et étudiants en ce vendredi matin du mois de septembre, lorsque Nérée St-Amand nous accueille dans l’amphithéâtre de l’édifice SITE. Il nous présente le syllabus et nous offre quelques réflexions sur le monde tout en parcourant la salle avec son appareil photo dans l’objectif d’immortaliser le moment (j’ai appris par la suite que Nérée était un adepte de photographie). Dès lors, je suis à la fois fascinée et inspirée par son style d’enseignement, mais également dépassée par les discussions abordant sans détour les problématiques sociales qu’il allait traiter de front pendant le semestre. Dans les semaines qui suivent, Nérée nous parle de plusieurs problèmes sociaux qui l’indisposent. Parmi ces sujets, il aborde la pauvreté, le racisme, la violence, la marginalisation ou encore les conséquences des politiques du Gouvernement Harris en Ontario. Au-delà de ces enjeux, nous discutons de thématiques plus vastes, telles que les répercussions de la guerre en Afghanistan, les conséquences sociales de la fraude des grandes corporations et l’utilisation des paradis fiscaux par les riches de ce monde. Nérée nous fait part de ses inquiétudes face à la préoccupante disparition des abeilles, et de ses questionnements sur l’adoption internationale. Aujourd’hui, bien que je sois en mesure d’articuler de manière plus solide les conséquences de tels enjeux sociaux contemporains et leurs effets sur les individus et les populations avec lesquelles nous travaillons, c’est Nérée qui m’a initialement amenée vers ces réflexions stimulantes. Assurément, la perspective structurelle et l’héritage de Jane Adams guidaient les enseignements de Nérée qu’il ficelait habilement à travers sa pédagogie. D’ailleurs, dans le cadre d’un des travaux que nous devions remettre au cours du semestre, Nérée nous avait demandé de répondre à la question « À l’image de Martin Luther King, formulez votre rêve social en répondant aux questions suivantes : qu’est-ce que vous désirez comme société de demain et qu’allez-vous faire comme engagement social ? ». Cette question tout à fait originale se révélait néanmoins complexe alors que nous entamions nos études en service social. Indéniablement, Nérée cherchait à nous insuffler la flamme structurelle qui l’animait et qui orientait ses enseignements. Son style pédagogique détonnait ainsi des autres, mais ce qui caractérisait surtout son enseignement, c’était la conviction profonde de ses valeurs. Nérée enseignait de manière dynamique et engagée, en assumant pleinement ses prises de position, même les plus controversées. Quiconque a eu l’occasion de côtoyer Nérée ne pouvait que constater qu’il ne mâchait pas ses mots lorsqu’il s’exprimait sur les enjeux de société …
Parties annexes
Bibliographie
- Buerk, M. (animateur). (2019, 9 octobre). Moral Maze [balado audio]. BBC. https://www.bbc.co.uk/programmes/m00094jx
- St-Amand, N. (2003). Interventions opprimantes ou conscientisantes ? Reflets: Revue ontaroise d'intervention sociale et communautaire, 9(2), 139–162.
- Université d'Ottawa (2012). 20e anniversaire de l'École de service social de l'Université d'Ottawa [vidéo]. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=xuCIdl1mKUM
- Université d’Ottawa (2013). Approches structurelles : action collective. Vidéo produit par le Groupe de recherche sur les approches structurelles et l’intervention, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=hnjGmqyD3Dw
- Université d'Ottawa (2013). Approches structurelles: Action collective [vidéo]. Groupe de recherche sur les approches structurelles et l'intervention. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=hnjGmqyD3Dw
