J’ajouterais qu’il était aussi assez chaleureux avec les étudiants ; on sentait une certaine proximité avec lui, qu’on ne ressentait pas avec d’autres professeurs. Puis c’est sûr que, comme collègue, et encore plus quand j’étais directeur de l’École, j’ai vu qu’il n’hésitait pas à aller contre la structure de l’université ou à se plaindre des façons dont l’université était gérée. Il voulait qu’elle soit meilleure ; ce n’était pas seulement pour se plaindre de l’institution, c’était aussi parce qu’il voulait se servir d’elle pour essayer d’atteindre certains buts, soutenir les étudiants, faire avancer des idées sur le travail social alternatif, et défendre les perspectives structurelles en travail social. Au moment où il a pris sa retraite, je lui ai lancé à la blague qu’il était la personne la plus opposée aux institutions que j’aie jamais rencontrée, alors que, dans le fond, il a toujours appartenu à l’institution universitaire et a toujours essayé de l’utiliser pour améliorer la société. Je pense que c’était une dimension vraiment importante pour lui. Parfois, quand on parle des approches structurelles, on est vraiment dans les politiques et les grandes structures sociales, mais lui, il prenait ça plus « par le bas ». Il se préoccupait des individus dans les structures, ceux qui sont aux prises avec des politiques, des règlements et des normes qui peuvent nuire, contraindre, etc. Je pense que oui, il y a la mise sur pied de l’École et c’est très certainement un élément majeur de sa contribution. Mais encore une fois, c’est peut-être davantage au soutien aux étudiants francophones minoritaires qu’il a contribué. Il voyait et il comprenait bien les enjeux et les difficultés auxquelles ces personnes pouvaient faire face, ne serait-ce que sur le plan de l’écriture. Tu sais, Nérée avait une très belle plume. En même temps, quand on travaille avec des jeunes adultes qui viennent des communautés francophones minoritaires, on constate souvent que l’écriture de la langue française est un véritable défi. Je pense que c’est quelque chose qu’il comprenait très bien. Je ne l’ai jamais entendu râler contre la qualité du français des francophones minoritaires, alors que chez d’autres collègues, c’était monnaie courante. Je pense que de son point de vue, il faut soutenir ces étudiants, et qu’à cette fin, il faut comprendre d’où ils viennent, saisir l’impact des « structures sociales » dans lesquelles ils ont grandi.
Qui était Nérée St-Amand ?Entrevue avec Joscelyne Levesque et Marc Molgat[Notice]
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L’entrevue a été réalisée par Jacqueline Thibault Coordonnatrice de la revue Reflets
Joscelyne Levesque est une citoyenne engagée. Elle a été responsable des stages et de la formation pratique à l’École de travail social de l’Université d’Ottawa
Marc Molgat est professeur titulaire à l’École de travail social de l’Université d’Ottawa
Ils ont tous deux été les collègues de Nérée St-Amand et ont connu Nérée comme professeur lors de leurs études à la maîtrise en service social.
