Dans La métropole contre la nation ?, David Carpentier, doctorant à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, propose une réflexion sur les politiques publiques d’intégration des personnes issues de l’immigration. Plus précisément, l’auteur met en lumière les politiques publiques du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal dans le domaine de l’intégration, entre 2006 et 2019. Il explore de ce fait l’adéquation de ces politiques entre les deux « systèmes », en mobilisant une approche centrée sur le rôle des acteurs et des idées. Carpentier soutient que la prise en compte de la concurrence entre deux visions de l’intégration, soit l’interculturalisme québécois et le multiculturalisme canadien, est essentielle pour analyser convenablement les politiques publiques d’intégration dans la métropole. Il ajoute que c’est toutefois la vision multiculturelle, du moins informellement, qui semble avoir la part du lion, bien que de récents développements au niveau municipal semblent nuancer ce constat. Cet ouvrage en sept chapitres s’ouvre sur la présentation des trois cadres d’analyse des politiques publiques d’intégration au niveau municipal qui semblent les plus pertinents pour l’objet d’étude. Carpentier favorise cependant la thèse contextualiste, qui ne prend pas seulement en compte les différences entre les politiques nationales et municipales, mais également entre les politiques municipales elles-mêmes. Il n’existerait donc pas une approche municipale unique, les villes articulant leur politique selon leur contexte distinct et leur rapport propre au modèle proposé par l’État national. Ce cadre d’analyse se prêterait donc beaucoup mieux au cas montréalais, structuré autour d’une réalité qui lui est propre, et d’un plurinationalisme où s’affrontent deux modèles d’intégration concurrents. Carpentier explique ensuite comment les politiques publiques dans le domaine de l’intégration ont progressivement été mises à l’ordre du jour de l’État québécois. Il expose notamment que c’est surtout en réaction vis-à-vis de l’anglicisation massive des nouveaux arrivants et de la vision multiculturaliste canadienne que se sont articulés les politiques québécoises et le modèle interculturaliste qui en a découlé. En se fondant entre autres sur la pensée de Gérard Bouchard, l’auteur présente l’interculturalisme comme étant un équilibre entre les aspirations identitaires de la majorité historique francophone et le respect des différences culturelles des minorités issues de l’immigration. Largement issu du néonationalisme de la Révolution tranquille, l’interculturalisme se voudrait donc une position de compromis, entre l’assimilationnisme rejetant le pluralisme, et le multiculturalisme niant le rôle central de la culture québécoise et de la langue française. Carpentier précise cependant que le modèle interculturaliste n’a jamais été formalisé ou institutionnalisé par le gouvernement du Québec, et sert principalement à distinguer l’approche québécoise de celle du gouvernement fédéral. L’interculturalisme, généralement accepté par la classe politique comme modèle d’intégration québécois, quoique de plus en plus contesté, n’aurait donc pour le moment qu’une valeur discursive. Carpentier enchaîne en démontrant que, bien qu’étant une « créature de la province », la Ville de Montréal se dote d’une politique d’intégration de plus en plus distincte. L’auteur précise que la métropole oeuvre selon une conception différente, dite « interactionniste », de l’interculturalisme, qui ne repose ni sur l’identité québécoise ni sur la centralité de la langue française. Reprenant son approche contextualiste, Carpentier insiste sur le fait que l’articulation de ce sous-système est surtout due aux transformations ethnodémographiques profondes de la population montréalaise, ainsi qu’aux changements politiques et donc idéologiques à la direction de la municipalité. Il entreprend ensuite une rigoureuse présentation des acteurs clefs municipaux, de leurs idées et de leur rôle dans le dossier de l’intégration. En se basant sur les résultats des entrevues réalisées avec ces acteurs, Carpentier constate qu’il existerait des tensions entre eux, fondamentales dans la compréhension du sous-système et de son orientation …
David Carpentier, La métropole contre la nation ? La politique montréalaise d’intégration des personnes immigrantes, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2009, 209 p.[Notice]
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Matthieu Laflamme-Boucher
0009-0007-4382-704X Université de Montréal
