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Héritage Jean Benoist

Jean Benoist et l’anthropologie médicale Jean Benoist and medical anthropology[Notice]

  • Alice Desclaux

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  • Alice Desclaux IRD, TransVIHMI (Université de Montpellier, IRD, Inserm), alice.desclaux@ird.fr

Jean Benoist est décédé à l’âge de 95 ans le 11 novembre 2025. « Monument de l’anthropologie médicale », il a développé ce domaine comme un champ particulier de l’anthropologie, à côté des approches ethnographiques de la maladie et des thérapies qui se multiplient à partir des années 1980 (cf. Augé, Retel-Laurentin, Epelboin – fondateur du Bulletin d’Ethnomédecine –, Hubert, Hours, Zempleni et l’école de Dakar, Devereux en santé mentale, entre autres…). Jean Benoist définit « l’anthropologie médicale » en phase avec les mondes nord-américain et britannique, en symbiose avec d’autres approches de l’anthropologie (biologique, écologique, sociale, religieuse). Il l’a institutionnalisée au travers d’un centre de recherche, d’un enseignement et d’un réseau, en a consolidé les paradigmes par ses contributions théoriques, et l’a enrichie en éditant ou valorisant les travaux d’autres chercheurs par-delà les frontières de la francophonie. Cet espace d’héritage scientifique est propice au retour sur l’œuvre extensive et multiple de Jean Benoist et au souvenir de sa pensée limpide sur des thèmes complexes – qui lui a valu le qualificatif de « visiteur lumineux ». Cet article rappelle ce que nous lui devons dans notre praxis comme dans nos réflexions théoriques dans un court résumé de sa biographie professionnelle et scientifique, et tente d’ouvrir une piste de recherche à partir de son travail. Jean Benoist a d’abord suivi des études de médecine à Lyon, qu’il complète par une formation en anthropologie sociale à Paris. À partir de 1956, il est responsable des laboratoires à l’Institut Pasteur de Martinique, et travaille sur des questions de génétique, d’épidémiologie et de parasitologie. Il s’intéresse de plus en plus à l’organisation de la société martiniquaise, encore peu étudiée, cherchant à expliquer la distribution inégale des pathologies telles que la lèpre et les parasitoses intestinales, ou de traits génétiques tels que les groupes sanguins. Avec des équipes biomédicales, il explore la variété des profils biologiques des populations insulaires des Caraïbes, et propose d’élucider leurs origines en convoquant histoire, épidémiologie sociale et anthropologie biologique. Jean Benoist consacre sa thèse d’anthropologie à l’impact de l’organisation sociale sur la structure génétique de la population martiniquaise métissée, ce qui le mènera à participer à la réunion d’experts de l’UNESCO de 1964 à Moscou sur les fondements biologiques de la notion de race, qui en récuse l’approche typologique (Benoist, 1968). Ayant obtenu un poste de professeur d’anthropologie à l’université de Montréal en 1962, il mène en parallèle ses premiers travaux ethnographiques sur divers aspects de la culture et de la société martiniquaise, éléments d’un puzzle qu’il assemblera sur deux décennies. Dans les Caraïbes et particulièrement à la Martinique, Jean Benoist développe le concept de « société de plantation » qui permet de penser de manière articulée le foncier, les hiérarchies et groupes sociaux, et les modes d’exploitation, et montre l’héritage de l’esclavage colonial sous-jacent à une société dont le changement en cours n’a pas détruit la structure pluriséculaire. Il développe une double analyse du métissage : comme production de caractéristiques biologiques par l’histoire sociale des alliances, des catégories et des contraintes générées par la plantation ; et comme production de caractéristiques sociales (statuts, valeurs, conflits) fondées sur une hiérarchisation de la différence sur la base de la couleur de la peau. La pertinence de l’approche bioculturelle est démontrée : la plantation relie démographie, reproduction sociale, catégorisation racialisée et, plus largement, conditions différenciées d’existence et de santé. L’approche permet de considérer les inégalités sans essentialisme et montre que les rapports sociaux durables peuvent produire des régularités biologiques ; un article essentiel en anthropologie bioculturelle en est issu, qui montre comment les sociétés « jouent avec leur substrat biologique » …

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