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Introduction

Collaborer pour quelles transformations de santé et de société ? Tensions situées, négociations des postures et hybridité des savoirsCollaborating to bring which changes to healthcare and society? Situated tensions, negotiation of postures and hybridity of knowledge[Notice]

  • Ibtissem Ben Dridi et
  • Rose-Anna Foley

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  • Ibtissem Ben Dridi Chercheuse indépendante, ibendridi[at]gmail.com

  • Rose-Anna Foley HESAV/Haute École de Santé - Vaud, HES-SO Haute école spécialisée de Suisse occidentale, rose-anna.foley[at]hesav.ch

Au croisement d’enjeux sociaux, professionnels, politiques et scientifiques, les expériences collaboratives se multiplient dans le champ de la santé. Si des expériences de dialogue entre sciences humaines et sociales (SHS) et médecine ont débuté dès les années 1980, ce n’est que depuis une dizaine d’années que les recherches dites interdisciplinaires, souvent associées à des démarches participatives, se multiplient. La gouvernance participative et la co-construction des savoirs sont de plus en plus au cœur des projets de recherche, envisagées tantôt comme un impératif politique de démocratie, tantôt comme un réajustement des méthodes d’investigation ou encore comme un alignement sur les exigences des institutions et des bailleurs de fonds. Le spectre de la « collaboration » en santé est aujourd’hui assez vaste : il embrasse tant des recherches entre chercheur·se·s issu·e·s de différentes disciplines (différentes SHS, professionnel·le·s de santé) que des recherches faisant travailler ensemble des chercheur·se·s SHS, des professionnel·le·s de santé et des patient·e·s. Ce numéro spécial d’Anthropologie & Santé questionne les formes de collaborations entre chercheur·se·s en SHS, professionnel·le·s de santé et usager·ère·s de la santé. Il analyse ces collaborations à la lumière des visées de justice épistémique et des dispositifs de co-construction des connaissances qui appellent à plus d’équilibre et d’accès aux savoirs au sein de la recherche (Hall et al., 2013). Ce numéro est structuré autour de neuf articles qui tentent d’appréhender les effets de telles approches sur la manière de faire de la recherche en sciences sociales et leurs effets sur les pratiques médicales et de sciences de la santé. Ils tentent de cerner les nouveaux questionnements qui émergent dès lors qu’il s’agit de faire tant de la recherche « avec » des chercheur·se·s d’autres disciplines et des professionnel·le·s, que de la recherche critique et/ou participative « au service de » populations invisibilisées et défavorisées. La présentation des articles s’articule autour de trois axes représentant les thèmes majeurs abordés : la mise en œuvre de l’interdisciplinarité entre chercheur·se·s et professionnel·le·s de santé, les injustices épistémiques au cœur des démarches dites participatives, les postures de recherche « en marge » ou « dans l’entre-deux » questionnées comme des positionnements indispensables afin d’atténuer certains rapports de force. Si les collaborations se situent toujours sur un continuum entre collaboration professionnelle pure – passant parfois par de la consultation d’autres représentant·e·s de la recherche à certaines étapes de la recherche – et des formes de co-construction collectives des objectifs de la recherche (Godrie & Dos Santos, 2017), force est de constater que les dispositifs de collaboration ont évolué dans le domaine de la recherche en santé. La figure de l’anthropologue ou plus largement du/de la chercheur·s·e en SHS seul·e sur son terrain n’est plus la règle. Un même terrain peut être investi par des chercheur·se·s doté·e·s de grilles de lecture, de savoirs, d’outils conceptuels et méthodologiques hétérogènes (Balard et al., 2023). De plus en plus de projets de recherche se veulent pluri- et interdisciplinaires, soit pour répondre aux impératifs de bailleurs de fonds et de laboratoires de recherche (Eideliman & Kivits, 2012), soit pour mettre en relief des concepts, outils et méthodes d’analyse contrastés. En proposant depuis plusieurs décennies un pas de côté, un dépassement des modes de réflexion binaires et un regard « sur » les soins et la société, le/la chercheur·se en sciences sociales s’est heurté·e, dès son entrée sur le terrain, à des rapports de force bien documentés (Darmon, 2005 ; Derbez, 2010). Dans certains cas, les objets de recherche ont été imposés par les soignant·e·s. En aval de la démarche aussi, des obstacles de légitimité des disciplines SHS et des implications sociales, voire politiques, …

Parties annexes