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Éditorial

ÉditorialEditorial[Notice]

  • Lucia Candelise et
  • Pierre-Marie David

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  • Lucia Candelise Institut des humanités en médecine (IHM), CHUV/Unil, Lausanne, Suisse Ceped, Université Paris Cité, France, luccicandoo[at]orange.fr

  • Pierre-Marie David Université de Montréal, pierre-marie.david[at]umomontreal.ca

Merci à tous les auteur·e·s et aux coordonnatrices qui rendent possible ce numéro d’Anthropologie & Santé ! Il est consacré aux pratiques et expériences de collaboration des chercheur·se·s en sciences sociales dans le champ de la santé. L’objectif du numéro n’est pas d’ériger la collaboration en impératif normatif ou en horizon indiscutable des pratiques de recherche, ni de présenter les collaborations entre sciences sociales (ou anthropologie) et mondes du soin et de la prise en charge comme des réussites allant de soi. À rebours d’un consensus apparent, les contributions réunies ici interrogent de manière critique les conditions sociales, institutionnelles, politiques et épistémiques dans lesquelles ces collaborations se déploient, ainsi que les finalités auxquelles elles répondent. Même lorsque celles‑ci s’inscrivent dans des démarches qui peuvent être empathiques, la collaboration ne saurait constituer une fin en soi. Une question traverse ainsi l’ensemble du dossier : que produit la collaboration, et vers quels modèles de soin, de recherche et de société oriente-t-elle nos pratiques ? Sous la coordination de Rose-Anna Foley et Ibtissem Ben Dridi, ce numéro propose d’aborder la collaboration non comme une évidence méthodologique, mais comme un problème anthropologique à part entière. En deçà des articles se dessine une interrogation plus spécifique : le champ de la santé, entendu dans son acception biomédicale la plus restreinte, constitue-t-il réellement un terrain exemplaire pour penser la collaboration ? Plusieurs contributions suggèrent que des domaines tels que le handicap ou l’autisme offrent des configurations différentes, peut-être moins dominées par l’hégémonie biomédicale. Ces espaces déplacent la question de l’expertise en la dissociant de la seule autorité médicale, pour la situer dans des contextes de vie, des expériences situées et des arrangements collectifs complexes à travers lesquels ces réalités sont vécues et comprises. Ils permettent aussi d’interroger ce que la collaboration produit effectivement : production de connaissances nouvelles, co-création de pratiques de soin ou d’accompagnement, déplacement réflexif des acteurs, mais aussi mise au jour de tensions, d’asymétries et de malentendus. Dans ces configurations, les savoirs dits « hybrides » ne relèvent pas nécessairement d’une addition harmonieuse entre savoirs scientifiques, professionnels et expérientiels ; ils peuvent aussi désigner des compromis fragiles, des traductions partielles ou des illusions de symétrie entre des positions de savoir inégalement reconnues. C’est à partir de ces écarts que les articles du numéro interrogent la spécificité de certains champs et les formes de collaboration qu’ils rendent possibles, ou au contraire qu’ils contraignent. Ainsi les services biomédicaux s’inscrivent dans des dispositifs particulièrement structurés par des normes professionnelles et des outils standardisés, où les savoirs experts occupent une position fortement hiérarchisée. Dans ces contextes, la participation apparaît souvent comme limitée, encadrée, voire normativement absente, ou bien médiatisée par des figures qui finalement sont institutionnellement très contrôlées, telles que celle du « patient partenaire ». Si ces dispositifs témoignent d’une volonté d’ouverture, ils invitent néanmoins à questionner la portée réelle de cette participation derrière les différentes formes de partenariat. Le recours quasi systématique à ces figures de patients partenaires un peu bureaucratisées renvoie-t-il vraiment à une remise en question des rapports de savoir et de pouvoir, ou prolonge-t-il l’idéal d’une objectivité supposément atteignable, d’une neutralité du soin et finalement d’un conservatisme social ? À cet égard, les analyses proposées dans ce numéro invitent à déplacer le regard vers les fondements épistémiques de la collaboration. Il ne s’agit donc pas seulement d’additionner des positions de savoir hétérogènes, mais de comprendre comment celles-ci sont hiérarchisées, traduites, reformulées ou neutralisées dans les dispositifs collaboratifs. L’effacement des tensions peut paradoxalement faire obstacle à l’identification des enjeux essentiels (rapports de pouvoir, malentendus et asymétries) que les dispositifs de soin et …

Parties annexes