
VertigO
La revue électronique en sciences de l’environnement
Number 38, October 2024 Numéro hors-série : Réduire les inégalités pour sauvegarder la santé de notre planète et un avenir durable Guest-edited by Lisa Hiwasaki, Steve Déry and Nathalie Bleau
Table of contents (9 articles)
Introduction
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Réduire les inégalités et atteindre l’équité pour sauver la planète : par quel bout commencer ?
Lisa Hiwasaki, Steve Déry and Nathalie Bleau
AbstractFR:
Notre prémisse commence avec les inégalités : la santé de la planète et de l’humanité est dépendante de notre capacité à les réduire. Les inégalités plongent toutes les sociétés dans des crises interreliées : environnementale, climatique, énergétique, agricole, économique, sociale, santé publique. Alors que certains individus et groupes sont touchés disproportionnellement plus que d'autres, tout le monde, à tous les niveaux de la société, souffre des effets négatifs des inégalités. Les défis de compréhension touchent deux domaines principaux : d’une part, la population et la manière dont elle consomme la planète ; d’autre part, l’adaptation aux changements, en particulier à ceux induits par les problèmes socioenvironnementaux causés par notre système socioéconomique global. Notre contribution collective – ce qu’on peut extraire des articles composant ce numéro spécial et leur mise en contexte – est double. Premièrement, elle s’attache à mieux comprendre la complexité des sources d’inégalités, regroupées autour de quatre thèmes : l’information ; les enjeux de pouvoir ; les bonnes intentions de développement et leurs effets négatifs ; les questions systémiques, en particulier celles reliées au foncier. De plus, existe un besoin pressant de comprendre les défis socioenvironnementaux soulevés par les inégalités : par exemple, ceux reliés aux connaissances scientifiques, à la nature dynamique des situations diverses, à la mise en œuvre des projets de réduction de ces mêmes inégalités, aux obstacles mis en place, ainsi qu’à d’autres défis en lien avec les questions de vulnérabilité et de justice. Sur cette base, deuxièmement, cette introduction explore aussi quelques pistes de solutions, examinées aux échelles locale, nationale et mondiale. Des solutions systémiques multiscalaires font partie intégrante de la lutte contre les inégalités, afin de parvenir à un monde plus équitable et plus juste.
EN:
We begin with inequalities: the health of the planet and humanity depends on our ability to reduce them. Inequalities lead societies into interrelated crises: environmental, climatic, energetic, agricultural, economic, social, and public health. While certain individuals and groups are disproportionately more affected than others, everyone at all levels of society suffer from negative impacts of inequalities. To improve our understanding of these inequalities, we focus on two main areas: the population and the way in which it consumes the planet; and adaptation to stresses, in particular those induced by socio-environmental problems caused by our global socio-economic system. Our contribution is twofold. First, the articles together highlight the need to better understand the complex sources of inequalities, which we group into four main categories: information; issues of power; good intentions for development and their adverse effects; and systemic questions, particularly those related to land. In addition, there is a need to understand the socio-environmental challenges that arise from inequalities, which are: those related to scientific knowledge; linked to dynamic nature of diverse situations; concern implementation of projects that aim to reduce inequalities; surrounding obstacles; and other challenges that involve issues of vulnerability and justice. Based on these understandings, our second contribution is the exploration of some solutions, examined from local, national, to global scales. Systemic solutions at different scales are integral to tackle inequalities, in order to achieve a more equitable and just world.
1ère partie : Réflexions systémiques
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Sobres perspectives - La sobriété à l’assaut du droit
Valentin Baudouin
AbstractFR:
Pour que la transition écologique devienne une réalité et ne demeure pas de l’ordre du discours incantatoire, une nouvelle trajectoire juridique doit être tracée pour une transformation effective de la société. La sobriété est au nombre des outils conceptuels qui peuvent y contribuer. Expression antique d’une tempérance face à l’intempérance ou de mesure contre la démesure et l’excès, la sobriété est une vertu de la limitation qui renvoie aux fondements du droit, entendu comme l’ensemble des règles de régulation des comportements en société. Aujourd’hui, le champ lexical de la sobriété se développe en droit français et il importe de prêter attention à l’essor des dispositions législatives destinées à lutter contre l’immodération et les excès à l’origine de la crise écologique. En regroupant différents textes ayant trait à l’objectif d’utilisation prudente et rationnelle des ressources naturelles et en s’appuyant sur l’injonction faite au législateur d’un changement de trajectoire, il serait possible de dégager un objectif de sobriété. C’est-à-dire l’action de modération parcimonieuse, temporelle et spatiale de l’utilisation des ressources naturelles dans le respect du principe de solidarité écologique.
EN:
To ensure that the ecological transition becomes a reality and does not remain at the stage of incantatory discourse, a framework for action must be devised for an effective transformation of society. Sobriety, or sufficiency in English, are some of the conceptual tools that can contribute to this. Defined as an expression of temperance, in opposition to intemperance, or of measure against excess, sufficiency is a virtue of limitation which refers to the foundations of law understood as the set of rules for regulating the behaviors in society. Today, the lexical field of sufficiency is growing in French law and it is important to pay attention to the rise of legislative provisions to curb the immoderation and excesses that are at the root of the ecological crisis. By gathering various texts relating to the objective of prudent and rational use of natural resources and by relying on the injunction for the legislator to change the current trajectory, it would be possible to identify an objective of sufficiency. That is to say, the use of natural resources through the action of parsimonious, temporal and spatial moderation while respecting the principle of ecological solidarity.
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Une approche raffestinienne pour analyser les verrous qui empêchent la réduction des inégalités ?
Steve Déry
AbstractFR:
Il est maintenant connu et démontré que les inégalités de tous types génèrent des problèmes socioéconomiques graves, des problèmes environnementaux, et que les deux se nourrissent et se renforcent mutuellement. D’aucuns sont d’accord pour réduire les inégalités ; et les projets innovants et aux impacts positifs sont nombreux, dans toutes les régions du monde. Pourquoi alors les résultats ne sont-ils pas à la hauteur des attentes ? Pourquoi les inégalités continuent-elles d’augmenter, freinant ainsi, empêchant même, par exemple, les efforts pour réduire l’impact des changements climatiques ? Le principal problème pour résoudre cette équation, c’est l’existence de verrous, qui, coincés un peu partout, à différents niveaux géographiques dans les systèmes socioéconomiques et politiques, empêchent d’éliminer les sources des nuisances. Au final, les efforts de réduction des inégalités, à cause de ces verrous, ne peuvent que rester cosmétiques face à l’ampleur des dégâts; au mieux, leurs impacts sont régionaux ou nationaux. L’objectif de cet article est de contribuer à réduire l’impact de ces verrous en les analysant d’une manière multiscalaire. Une telle analyse permettra d’identifier la position relative de ces verrous et les forces qui doivent être mises en œuvre pour les « déverrouiller ». Pour ce faire, une grille d’analyse multiscalaire spatiotemporelle sera utilisée, couplée aux concepts de territoire et de travail (énergie plus information) développés par Raffestin.
EN:
It is now known and proven that inequalities of all kinds generate serious socio-economic and environmental problems, and that both feed and reinforce each other. We all agree that inequalities must be reduced, and there are many innovative projects with positive impacts in all parts of the world. So why are the results not living up to expectations? Why do inequalities continue to grow, hampering or even preventing, for example, efforts to reduce the impact of climate change? The main problem in solving this equation is the existence of barriers which, trapped at various geographical levels in socio-economic and political systems, prevent the sources of nuisance from being eliminated. In the end, efforts to reduce inequalities, because of these barriers, can only be cosmetic in the face of the scale of the damage; at best, their impact is regional or national. The aim of this article is to help reduce the impact of these barriers by analyzing them on a multiscalar basis. Such an analysis will make it possible to identify the relative position of these locks and the forces that need to be deployed to "unlock" them. To do this, we will use a multiscalar spatiotemporal analysis grid, coupled with the concepts of territory and labour (energy plus information) developed by Raffestin.
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Plaidoirie pour pratiquer la recherche autrement. La transition juste en Asie du Sud-Est
Benjamin Buclet and Stéphane Lagrée
AbstractFR:
Le rapport publié début 2022 par le Groupe d’experts indépendants de l’UNESCO sur les universités et l’Agenda 2030 alerte sur la nécessité d’une transformation profonde du secteur de l’enseignement supérieur au service de la durabilité mondiale. De son côté, le second volet du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dévoilé le 28 février, révèle l’ampleur d’une menace qui s’est significativement aggravée. En réponse au constat dressé et aux recommandations émises, une Alliance des universités d’Asie du Sud-Est, des pays du Mékong, s’engage autour d’une stratégie d’ouverture vers le monde extra-académique, pour des actions fondées sur la connaissance et des solutions pour et avec toutes les parties prenantes.
Dans cette région, les interactions entre les inégalités, les dégradations de l’environnement et les incertitudes quant aux perspectives de croissance future exigent une refonte des stratégies de développement. Pour ce faire, il est de la responsabilité des institutions d’enseignement supérieur et de recherche de contribuer à constituer la prochaine génération de décideurs politiques pour la transition juste ainsi qu’un réseau d’experts en science de la durabilité. C’est au prisme d’un changement de paradigme pour une transition juste que la connaissance pourra innerver les débats sur les politiques publiques à mettre en œuvre.
La méthode opératoire proposée par les auteurs dans cet article repose sur quatre leviers complémentaires – la production d’une masse critique de connaissances, la communication, la diffusion scientifique connectée aux sociétés locales et une intensification du renforcement des capacités – au service de la transition juste et des inégalités au Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande et Vietnam.
EN:
The report released in early 2022 by UNESCO’s Global Independent Expert Panel on Universities and the 2030 Agenda (EGU2030, 2022) alerts to the need for a deep transformation of the higher education sector in the service of global sustainability. The second part of the IPCC's Sixth Assessment Report on climate change, published on February 28th, reveals the extent of a threat that has significantly worsened. In response to the findings and recommendations, an Alliance of Southeast Asian Universities, from the Mekong countries, will commit to a strategy of openness to the extra-academic world, for knowledge-based actions and solutions for and with all stakeholders.
In this region, environmental degradation and uncertainties about future growth prospects require a rethinking of development strategies. To this end, higher education and research institutions must contribute to build the next generation of policy makers for environmental transition and set up a network of experts in sustainability science. It is through the prism of such a paradigm shift for a just transition that knowledge will be able to inform the dialogue on the public policies to be implemented.
The operating method proposed by the authors of this article is based on four complementary levers - the production of a critical mass of knowledge, communication, scientific dissemination connected to local societies, and an intensification of capacity building - for the study of environmental transition and inequalities in Cambodia, Laos, Myanmar, Thailand and Vietnam.
2e partie : Enjeux de pouvoir sur le terrain local
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Des pistes de solutions inclusives face aux inégalités dans les projets de développement en Haïti
Thamara Labossière
AbstractFR:
Durant le régime des Duvalier (1957-1986), plusieurs enfants haïtiens ont eu de la difficulté à avoir accès aux services sociaux de base. En raison de cette situation, des organisations non gouvernementales (ONG) du Nord ont alors apporté leur soutien aux communautés haïtiennes en réalisant des projets de développement. Ces projets s’adressent à des publics divers, dont les enfants. Toutefois, ces projets de développement dans leur ensemble font l’objet de critiques de plusieurs chercheurs.euses en raison des inégalités qui en résultent. Tout particulièrement, les projets de développement dans le domaine de l’enfance, mis en place grâce à cette aide, recèlent eux aussi des inégalités préjudiciables aux communautés récipiendaires. Partant de ces conclusions, nous avons réalisé des entrevues auprès de quinze (15) intervenant.e.s locaux.ales haïtiens.nes sur leur compréhension des rapports de pouvoir qui traversent les projets de développement en enfance. Nous avons analysé sept documents de projets, deux codes de conduites et plusieurs documents de politiques internes provenant de trois ONG impliquées dans notre recherche. Les résultats de cette recherche menée en 2021 ont montré que le fonctionnement des ONG du Nord génère des inégalités sociales et économiques et des injustices envers les intervenant.e.s locaux.ales haïtiens.nes et leur travail. Ces derniers.ères, en raison, des inégalités dans ces projets font face à des difficultés dans leur travail. En dépit de ces difficultés diverses, ils.elles font montre d’agentivité au sein des ONG et auprès des bénéficiaires des projets en proposant et en mettant en œuvre des interventions inclusives.
EN:
During the Duvalier regime (1957-1986), many Haitian children had difficulty gaining access to basic social services. As a result, non-governmental organizations (NGOs) from the North began supporting Haitian communities through development projects. These projects target a variety of audiences, including children. However, these development projects as a whole are criticized by many researchers for the inequalities they entail. In particular, development projects in the children's sector, set up thanks to this aid, also conceal inequalities that are detrimental to the recipient communities. With these conclusions in mind, we interviewed fifteen (15) local Haitian stakeholders on their understanding of the power relations that run through children's development projects. We analyzed seven project documents, two codes of conduct and several internal policy documents from the three NGOs involved in our research. The results of this research carried out in 2021 showed that the operation of NGOs in the North leads to social and economic inequalities and injustices towards local Haitian workers and their work. Because of the inequalities in these projects, the latter face difficulties in their work. Despite these various difficulties, they demonstrate their agentivity within NGOs and with project beneficiaries by proposing and implementing inclusive interventions.
3e partie : Entre vulnérabilités, dépendances et complexités des solutions
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Enjeux d’inégalités associées aux solutions d’adaptation aux changements climatiques : qu’est-ce qu’on en sait ?
Nathalie Bleau and Emily Després
AbstractFR:
Au Québec, face aux impacts des changements climatiques et à leurs conséquences, de nombreuses instances publiques, privées et communautaires mettent en place des solutions d'adaptation pour renforcer la résilience aux changements climatiques des populations. Des études font maintenant un lien entre les options d'adaptation et le potentiel de génération ou l'exacerbation d'inégalités. Le dossier des inégalités liées aux solutions d'adaptation aux changements climatiques (ACC) apparaissait de plus en plus, pour Ouranos et ses partenaires, comme étant un enjeu à documenter, d'autant plus lorsqu'on met de l'avant la volonté d'accélérer l'adaptation. Il était donc pertinent, afin de bien accompagner les acteurs de l'adaptation, d'établir une base, pour repérer les concepts clés qui permettent d'explorer les mécanismes qui ont aidé à répondre à des enjeux semblables, d'évaluer les méthodes d'analyse utilisée, de faire ressortir les forces, les faiblesses et les controverses des idées établies dans le domaine. Quelques mécanismes existent pour permettre le repérage de ces enjeux d’inégalités. Des auteurs proposent des solutions d’adaptation alternatives aux changements climatiques pour réduire les inégalités. En dépit des progrès réalisés depuis quelques années, plusieurs facettes de l'enjeu des inégalités engendrées ou potentiellement engendrées par les solutions d’adaptation restent à explorer : des solutions et des secteurs d’activité sont peu documentés, des populations et des régions sont moins étudiées que d’autres et certains processus comme les méthodes de suivi et d’évaluation des solutions d’adaptation mériteraient que les chercheurs s'y attardent davantage.
EN:
In Quebec, in response to the impacts of climate change and its consequences, many public, private and community organizations are implementing adaptation solutions to strengthen the resilience of populations to climate change. Recent studies are now linking adaptation options to the potential generation or exacerbation of inequalities. The issue of inequalities in climate change adaptation solutions (CCA) was increasingly mentioned by Ouranos and its partners as an issue that needed to be documented, all the more so when the aim is to accelerate adaptation. It was therefore pertinent, in order to properly support those involved in adaptation, to establish a base, to identify key concepts that enable us to explore the mechanisms that have helped to respond to similar issues, to evaluate the analysis methods used, and to highlight the strengths, weaknesses and controversies of established ideas in the field. Some mechanisms exist to identify these inequality issues. Some authors propose alternative adaptation solutions to climate change that aim to reduce such inequalities. Despite the progress made in recent years, several aspects concerning inequalities generated or potentially generated by adaptation solutions require further exploration: Some solutions and sectors of activity lack sufficient documentation; certain populations and regions are less studied than others; and certain processes, such as methods for monitoring and evaluating adaptation solutions, would benefit from additional research focus.
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Cartographie systématique de la région du Mékong pour mieux comprendre les liens entre inégalités et changements environnementaux
Huynh Thi Phuong Linh, Stéphane Lagrée, Étienne Espagne and Alexis Drogoul
AbstractFR:
Comment les changements environnementaux influent-ils sur les inégalités, et, inversement, comment les inégalités affectent-elles les dynamiques environnementales ? Nous présentons une cartographie systématique qui étudie la relation entre ces deux aspects dans cinq pays du bassin du Mékong : Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande et Vietnam. Les inégalités sont considérées en examinant l’impact de questions environnementales, telles que les politiques relatives à la terre et à l’eau, les interventions dans le domaine de l’hydroélectricité, de l’exploitation minière ou des plantations commerciales, les catastrophes climatiques, les pollutions et les problèmes de santé, sur divers groupes de population – notamment les ethnies minoritaires, les populations précaires, les petits exploitants, les femmes ou les migrants. 14 570 publications, ouvrages ou rapports de la « littérature grise » ont été collectés et passés au crible par titre, résumé et texte intégral. 2 355 articles sont inclus dans cette cartographie systématique sur la période 1978-2020. De façon générale, les articles qui traitent directement des inégalités en relation avec les changements environnementaux sont rares et récents. Trois thématiques apparaissent particulièrement représentées : l’accès aux ressources et les questions relatives aux droits (967 articles) ; le changement climatique et les impacts des catastrophes naturelles (533 articles) ; les aspects – croissants – liés à la pollution (299 articles). La cartographie systématique pose le cadre de la recherche, sa répartition géographique et son évolution dans le temps et caractérise les effets des changements environnementaux en fonction de différents groupes de population. Un dépôt d’archives d’accès ouvert vers les références sélectionnées et leur résumé est mis à disposition de la communauté.
EN:
How does accelerating environmental change affect inequality, and conversely, how does increasing inequality affect environmental dynamics? We present a systematic mapping that investigates the relationship between these two crucial aspects of sustainable development in five Mekong River Basin countries: Cambodia, Laos, Myanmar, Thailand and Vietnam. Inequalities are considered by examining the impact of environmental issues-such as land and water policies, economic interventions in hydropower, mining, or commercial plantations, climate disasters, pollution, and health problems – on various population groups – including ethnic minorities, precarious populations, smallholders, women, or migrants. 14570 scientific publications, books or reports in the "grey literature" were collected and screened by title, abstract and full text. 2355 articles are included in the systematic mapping over the period 1978-2020. In general, articles that directly address inequalities in relation to environmental change are rare and recent. Three themes appear particularly represented: access to resources and rights issues (967 articles); climate change and the impacts of natural disasters (533 articles); and the – growing – aspects related to pollution (299 articles). The systematic map sets the scene of research interests, their distribution geographically, and evolution over time, on how various groups of people being affected by environmental changes. A repository is built with an open access to all abstract-selected references to support further research and projects on sub-topics of the inequality-environmental change nexus, and support science-based policy decisions.
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Vulnérabilité croissante ? Une transition vers développement durable et équitable en Asie du Sud-Est
Lisa Hiwasaki, Annabelle Leahy and Lily Rosa
AbstractFR:
Quel est l’impact de l’Agenda Post-2015 sur le développement équitable? Est-ce que les interventions de développement mises en œuvre dans le cadre des engagements des pays envers les trois accords mondiaux qui le composent ― le Programme 2030 pour le Développement durable, l’accord de Paris et le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe ― augmentent ou réduisent la vulnérabilité des groupes pour lesquels les impacts des changements climatiques, des catastrophes diverses et du mal développement se font le plus sentir ? Notre article examine ces plans d’action et leurs impacts sur la vulnérabilité des groupes marginalisés. Plus précisément, nous examinons les stratégies, les politiques, les plans et les rapports de deux États d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie et le Vietnam, et des donateurs qui travaillent dans ces pays pour mettre en œuvre ces accords mondiaux, et nous révélons ainsi leurs impacts en matière d’équité. Nous postulons que l’Agenda Post-2015 contribue à accroitre la vulnérabilité chez les groupes déjà défavorisés. Une revue de la littérature et une analyse de contenu démontrent premièrement que la vulnérabilité, concept clé utilisé dans les accords de l’Agenda Post-2015, est définie et opérationnalisée différemment d’un accord à l’autre, entrainant des incohérences dans leur mise en œuvre. Deuxièmement, les projets qui ciblent les « groupes vulnérables » ne se concentrent pas sur le renforcement des facteurs qui contribuent à réduire leur vulnérabilité. Ainsi, la manière dont l’Agenda Post-2015 est mis en œuvre nuit à un développement durable qui est équitable et qui « ne laisse personne de côté » (Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), 2015) Pour y parvenir, nous démontrons la nécessité pour l’Agenda Post-2015 de forger une définition cohérente du terme « vulnérabilité », et de donner la priorité à la réduction de la vulnérabilité en renforçant les atouts sociaux et culturels.
EN:
What is the impact of the Post-2015 Agenda on the equitable development of marginalised groups? Do development interventions implemented as part of countries’ commitments to the Post-2015 Agenda ― the 2030 Agenda for Sustainable Development, the Paris Agreement, and the Sendai Framework for Disaster Risk Reduction ― increase or reduce vulnerability of groups for whom impacts of climate change, climate-related disasters, and maldevelopment are felt most acutely? Our paper builds on studies that critically examine how climate change adaptation and disaster risk reduction projects impact vulnerability of marginalised groups. Specifically, we analyse strategies, policies, plans and reports of two Southeast Asian States and donors who work there to explore how they implement these global agreements and reveal their impacts on equity outcomes. We argue that the way in which the Post-2015 Agenda is being actually implemented contributes to increased vulnerability of already-disadvantaged groups. Through literature review and content analysis, we demonstrate first, that a key concept used across the Post-2015 Agenda ― vulnerability ― is defined and operationalised differently across agreements, leading to inconsistencies in implementation. Second, projects that target “vulnerable groups” do not focus on strengthening factors that contribute to reducing the vulnerability of these groups. Thus, the ways in which the Post-2015 Agenda is being put into action are detrimental to sustainable development that is equitable. Ultimately, we demonstrate that to achieve sustainable development that does not “leave anyone behind” (United Nations General Assembly (UNGA), 2015) , it is necessary for global agreements to forge a consistent use of the term vulnerability and to prioritize vulnerability reduction with a focus on strengthening social and cultural assets.
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Concilier biodiversité et agriculture : dépasser la dualité du land sparing contre le land sharing
Marie Saydeh and Jean-François Bissonnette
AbstractFR:
À l’échelle mondiale, certaines pratiques agricoles ont simplifié les écosystèmes en réduisant la biodiversité de façon irréversible. Or, la perte de biodiversité constitue une menace pour tous les êtres humains, et plus particulièrement pour les populations qui dépendent étroitement de ressources naturelles variées. Par conséquent, le besoin de concilier production agricole et maintien de la biodiversité est criant, comme en témoigne le débat scientifique opposant le land sparing au land sharing. Chacune de ces approches propose une perspective ; la première propose d’intensifier l’agriculture et de créer des aires de conservation séparées, la deuxième cherche à mieux imbriquer les fonctions de la biodiversité dans les systèmes agricoles. Bien que ces approches soient importantes dans le développement de connaissances scientifiques, l’incidence de ce débat pour la formulation de politiques publiques peut être lourde de conséquences. À titre d’illustration, l’approche du land sparing peut encourager des mesures favorables aux acteurs de l’intensification agricole et défavorables aux petits exploitants en systèmes extensifs disposant de ressources limitées. Ainsi, la dualité sur laquelle le débat du land sparing contre le land sharing repose tend à limiter l’attention accordée aux divers contextes socioéconomiques et écologiques étudiés. Nous proposons, par considération éthique à l’égard des populations plus vulnérables et moins représentées dans ce type de recherche, de dépasser le débat en lui-même afin d’éviter d’imposer une approche plutôt que l’autre. Il semble préférable de considérer au premier chef les caractéristiques propres à chaque contexte agricole, ainsi que les relations qui se tissent entre agriculteurs et biodiversité.
EN:
Biodiversity loss is a threat to human survival and more explicitly to populations that are closely dependent of various natural resources. Particular agricultural practices have irreversibly simplified ecosystems, affecting global biodiversity. Likewise, the compelling necessity to conciliate biodiversity and agriculture has led to the production of valuable scientific knowledge, such as the land sparing versus land sharing debate. The land sparing approach promotes the intensification of agriculture and the creation of biodiversity conservation areas, while the land sharing approach tends to value functional biodiversity into agricultural systems. The impact of this debate in the elaboration of policies needs to be considered with caution. For example, land sparing can lead to measures that either enable actors that practice substantial intensive agriculture or disadvantage smaller farmers with limited resources. The duality on which the land sparing vs. land sharing debate is articulated tends to limit the attention given to more nuanced arguments. Out of ethical consideration for the less affluent and represented populations in this specific research display, we suggest to overcome the state of debate in order to avoid imposing one approach over the other. For future research prospects, it seems to be preferable to study socio-economical contexts in which agriculture is practiced, as well as the specific relationships between farmers and biodiversity.