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Recensions

Honneth, A. (2024). Le souverain laborieux : une théorie normative du travail (P. Rusch et F. Joly, trad.). Gallimard[Record]

  • Daniel Landry

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  • Daniel Landry Collège Laflèche

Aux éditions Gallimard paraissait en 2024 la traduction d’un ouvrage du philosophe et sociologue allemand Axel Honneth à propos d’une théorie normative du travail (Der arbeitende Souverän, Suhrkamp Verlag, 2023). Professeur à l’université Goethe de Francfort et associé à la théorie critique, Honneth consacre une partie de sa carrière à la reconnaissance réciproque, sans laquelle les individus ne peuvent qu’être privé·e·s de leur intégrité, de leurs droits, de leur autonomie. Il y développe sa pensée dans La lutte pour la reconnaissance (Le Cerf, 2000) publiée à l’origine en allemand en 1992. Honneth aborde maintenant la division sociale du travail, rappelant qu’une vie démocratique riche et épanouissante ne peut être atteinte que par le déploiement d’une éducation citoyenne libérée d’un contexte où des travailleur·se·s seraient soumis·es à des « activités privées de sens, objectivement insatisfaisantes, ou […] soumis au pouvoir arbitraire d’acteurs privés » (p. 32). Le livre est construit en trois parties : le travail au sein des sociétés démocratiques, la réalité du travail social, la lutte pour le travail social. Dans la première partie, Honneth propose de replacer la participation citoyenne comme idéal à atteindre pour le plus grand nombre. Ce paradigme possède les avantages d’une « vision plus compréhensive des dysfonctionnements dans le monde du travail et [du] renoncement à toute volonté d’identification d’un but final et définitif » (p. 39). Il insiste sur l’importance de reconnaitre les liens intrinsèques entre le monde du travail et la démocratie politique. Faisant appel à la pensée de Rawls et de Habermas, il mentionne que ceux-ci ne se demandent pas si c’est « aussi le mode d’organisation du travail social qui détermine les chances de chacun de participer sur un pied d’égalité à la formation démocratique de la volonté » (p. 51). Ce qui se trouve au coeur de la pensée d’Honneth, ce sont les conditions de participation au débat politique, notamment la familiarité avec les pratiques de coopération démocratique. La deuxième partie du livre se construit sur une perspective historique européenne. À propos du 19e siècle, Honneth insiste sur le passage de sociétés où la participation citoyenne était chose impossible pour les classes laborieuses, à une société qui, dans la seconde moitié du siècle, semble avoir opéré une libération. Au 20e siècle, une véritable amélioration des salaires et conditions de travail permet un changement significatif dans la perception de ces classes. Or, comme Honneth le souligne, « avoir réussi le passage de l’emploi domestique vers le secteur des services ou vers la production industrielle, y avoir trouvé une activité plus stable et mieux rémunérée, ne vous prémunissait cependant pas contre le risque d’être bientôt de nouveau confronté à de graves situations de détresse matérielle » (p. 112). Enfin, au 21e siècle, l’auteur aborde cinq tendances lourdes qui nuisent à la participation démocratique des travailleur·se·s : l’isolement des travailleur·se·s, la concurrence accrue, la disparition du travail artisanal, la marchandisation croissante des services publics et sociaux et, finalement, la précarisation du travail social. On y comprend alors que les améliorations apportées au sein du monde du travail n’ont pas contribué à approcher nos sociétés d’un idéal de participation démocratique. Au contraire, il semble toujours résider une forme de dépendance humiliante au coeur de la vie du « souverain laborieux ». À cette structure en trois parties s’ajoutent des digressions visant à préciser deux concepts. À propos du travail social (ou socialement nécessaire), Honneth l’entend comme les activités qui contribuent au bienêtre de la société et obéissent à des critères d’adéquation collectivement admis. En ce qui a trait à la division du travail social, il insiste sur le …

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