L’éducation à la citoyenneté fait l’objet d’un nombre croissant de réflexions depuis quelques années. La plupart du temps, ces réflexions s’intéressent à la manière dont le système scolaire et les programmes d’études devraient contribuer à cette éducation. L’ouvrage dirigé par Stéphanie Gaudet et Caroline Caron s’intéresse plutôt aux autres espaces d’apprentissage de la citoyenneté – ce qu’elles désignent comme des tiers-lieux de l’éducation à la citoyenneté, en référence à la définition de la famille et de l’école comme les premiers et seconds espaces de socialisation à la citoyenneté. Empruntant une approche ethnographique et non évaluative, les résultats de recherche exposés dans l’ouvrage sont le fruit d’une démarche collaborative avec plusieurs organismes. Le livre poursuit d’ailleurs une visée de transfert de connaissances, notamment destinée à ces groupes et à ces personnes. Après deux chapitres plus théoriques sur l’éducation à la citoyenneté démocratique dans les tiers-lieux québécois, et de manière plus large sur le thème de l’éducation à la citoyenneté en sciences sociales, chaque milieu d’enquête fait l’objet d’un chapitre de descriptions et d’analyses. Ces milieux sont organisés en trois catégories : les expériences d’éducation à la citoyenneté axées sur 1) la démocratie participative, 2) le changement social ou 3) la démocratie représentative et l’action publique. L’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde et la Marche Monde d’Oxfam-Québec sont les deux cas d’expérience d’éducation à la citoyenneté qui insistent d’abord sur la participation à la démocratie, sous plusieurs formes. Les programmes du Y des femmes de Montréal, le Comité des droits de l’Enfant du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau ainsi que le programme Passeport pour ma réussite offert par l’organisme Exedo à Montréal constituent les cas qui s’inscrivent davantage dans une approche visant le changement social. Enfin, la Commission jeunesse de Gatineau et le Forum jeunesse de l’Île de Montréal sont les expériences qui initient les jeunes à des instances de démocratie représentative et à l’action publique. L’approche ethnographique mobilisée dans tous les terrains d’enquête rapportés dans les différents chapitres de l’ouvrage accorde une place importante à la description des expériences vécues par les jeunes dans les différents tiers-lieux d’éducation à la citoyenneté étudiés. Il s’agit d’un des aspects les plus intéressants de l’ouvrage, qui nous donne véritablement accès à une meilleure connaissance de ce qui se passe concrètement dans ces expériences. L’approche met aussi en lumière de manière très éclairante les relations entretenues entre les différentes personnes présentes dans ces espaces de socialisation politique, en particulier entre des personnes de générations différentes, et les variations dans ces relations selon le type d’expérience d’éducation à la citoyenneté vécue. Bien que chaque projet aspire à laisser de l’autonomie et de l’initiative aux jeunes, il apparait que les différentes conceptions de la citoyenneté portées par les organismes viennent configurer différemment la place laissée aux jeunes dans la définition des projets et des règles de fonctionnement. Ainsi, l’ouvrage montre bien, un peu en contradiction avec l’idéal « d’affranchissement de toute norme adulte idéalisé » affirmé dans le chapitre 2, toute la complexité des relations sociales constitutives de la relation éducative, dans le cas présent entre des facilitateur·rice·s adultes dans différents organismes et institutions et des jeunes qui participent à des projets qu’elle·il·s n’ont pas initiés elles·eux-mêmes. L’apport principal de l’ouvrage me parait se situer là, c’est-à-dire dans une meilleure compréhension du travail d’accompagnement des jeunes par des adultes, dont la qualité du travail est notamment définie par son effacement, son invisibilité – à l’instar d’autres pratiques de care – afin de laisser les jeunes développer un sentiment de compétence et de légitimité à prendre la parole, à participer à la prise de décision délibérative. …
Gaudet, S. et Caron, C. (dir.). (2024). Faire l’expérience de la démocratie. Les tiers-lieux de l’éducation à la citoyenneté des jeunes au Québec. Presses de l’Université d’Ottawa[Record]
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Hélène Charron Ph. D., sociologue indépendante
