Cet ouvrage, issu d’une thèse soutenue en 2022 à l’Université de Lausanne, explore une catégorie d’acteur·rice·s de la formation professionnelle en Suisse : les formateur·rice·s en entreprise. Bien qu’occupant un rôle important dans l’apprentissage, ces dernier·ère·s restent largement ignoré·e·s par la recherche. Cette invisibilité dépasse les frontières suisses et s’observe dans d’autres contextes nationaux. Plusieurs évolutions ont, néanmoins, contribué à mettre en lumière leur rôle dans le contexte suisse. Parmi celles-ci, on peut citer l’introduction d’une rémunération, l’élaboration d’un cahier des charges encourageant une formation pour assumer ces fonctions, ainsi que la mise en place d’un règlement définissant avec précision leurs responsabilités en entreprise. En s’appuyant sur une enquête de terrain menée auprès de 80 formateur·rice·s dans divers secteurs, Roberta Besozzi met en évidence que l’appropriation des rôles varie considérablement en fonction du profil des agent·e·s. Ces différences, détaillées dans les huit chapitres, s’expliquent par divers facteurs comme la taille des entreprises, les marges de manoeuvre et le temps alloués à la formation des apprenti·e·s, mais également par les trajectoires personnelles et les valeurs des formateur·rice·s. L’évolution du degré de satisfaction de ces dernier·ère·s par rapport à leur carrière est aussi questionnée afin de saisir son influence sur leur engagement (ou désengagement) dans ces fonctions. Le premier chapitre resitue les formateur·rice·s en entreprise dans l’évolution de la formation initiale en Suisse, marquée par une revalorisation progressive depuis les années 1960, suivie de son extension dans l’enseignement supérieur. Il met en lumière la manière dont les lois sur la formation professionnelle ont élargi leur périmètre d’intervention, tout en rendant plus strictes les conditions d’accès à ces fonctions. Ainsi, les maitre·sse·s de stage doivent être titulaires d’un diplôme spécifique (le certificat fédéral de capacité dans le domaine de la formation) et avoir suivi une formation de formateur·rice d’au moins 40 heures. Le deuxième chapitre dresse un état des lieux des recherches sur les formateur·rice·s en entreprise. Il examine les études qui analysent leurs motivations, leurs activités au sein des entreprises et les contraintes organisationnelles auxquelles elle·il·s sont confronté·e·s, notamment les tensions entre la transmission des savoir-faire aux apprenti·e·s et les exigences de production. Bien que ces éléments soient partagés chez ces agent·e·s, il existe des facteurs d’hétérogénéité liées à la diversité des représentations du travail et des carrières, appréhendées par l’auteure à travers la notion d’ethos. Après un troisième chapitre consacré à la présentation du dispositif méthodologique adopté pour la réalisation de l’enquête, les chapitres 4 à 7 proposent une typologie de quatre idéaux-types permettant d’appréhender les rapports des formateur·rice·s à leur rôle. La figure des « entrepreneur·e·s de soi » (chapitre 4), associée à l’idéologie du self-made man, rassemble des personnes qui adhèrent à l’idée du travail autonome, performant et flexible. L’entrée dans ces fonctions est vécue comme une récompense d’une trajectoire ascensionnelle et un défi à relever. Il s’agit pour elles·eux de socialiser les apprenti·e·s à l’esprit d’entreprise ; ces dernier·ère·s sont pensé·e·s comme main-d’oeuvre supplémentaire. À l’inverse, la figure des « garant·e·s du métier » (chapitre 5) regroupe des personnes, plus défavorables à la flexibilisation accrue, qui valorisent l’accès à ces fonctions et aux formations associées comme une manière de s’investir davantage dans leur métier. Elle·il·s veulent transmettre leurs savoir-faire professionnels de façon à améliorer la qualité de leur métier. Dans cette optique, leurs attentes envers les apprenti·e·s sont fortes : elle·il·s doivent faire preuve de volonté et d’initiative dans leur formation à travers un apprentissage graduel qui les conduit vers l’autonomie professionnelle et l’intégration dans le métier. La figure des « reconverti·e·s » (chapitre 6) regroupe des personnes ayant choisi ces fonctions après une reconversion provoquée par …
Besozzi, R. (2024). Former des apprenti·e·s : à la rencontre des formateurs et formatrices en entreprise. Éditions Alphil – Presses universitaires suisses[Record]
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Joachim Benet Rivière Université de Poitiers
