Né en 1935, Marc Lienhard est pasteur, théologien et historien. Spécialiste de Luther et de la Réforme, il a longtemps enseigné l’histoire du christianisme à l’Université de Strasbourg. Il a codirigé l’édition des Oeuvres de Luther dans la collection de La Pléiade et a publié de nombreux textes sur l’initiateur de la Réforme, sur le protestantisme en Alsace ou en général, sur les anabaptistes et sur le dialogue oecuménique. En 2022, il publie un livre intitulé Les religions abrahamiques chez les éditions Olivétan. C’est un texte substantiel quant au nombre de pages, mais qui se lit facilement en raison d’une prose fluide et d’un propos adapté au grand public. Le livre est divisé en cinq parties. Les deux chapitres de la première partie se concentrent sur les textes fondateurs et sur le temps des origines. La deuxième partie trace un portrait des manifestations les plus courantes, en France, des trois religions abrahamiques : le catholicisme, l’Église orthodoxe, le protestantisme, le judaïsme et l’islam sont présentés par le biais de quelques repères historiques ou théologiques très hétérogènes, sans doute sélectionnés en raison de leur pertinence et de leur représentativité par rapport à la réalité actuelle dans l’Hexagone. La troisième partie offre un survol des relations qu’entretiennent les différentes identités religieuses monothéistes : orthodoxes et autres chrétiens, catholiques et protestants, chrétiens et juifs, chrétiens et musulmans, juifs et musulmans. La quatrième partie traite en deux chapitres des questions contemporaines liées, d’une part, aux tensions entre conservateurs, modernes et postmodernes dans les différentes traditions religieuses, et, d’autre part, au rapport que ces traditions entretiennent avec le phénomène de la sécularisation. La dernière partie tente de couvrir ce qu’il reste à dire pour que la présentation de ces trois monothéismes puisse revendiquer une certaine complétude : la foi, le vécu (spiritualité, mystique, prière…), les fêtes, l’éthique. Il est franchement très difficile d’évaluer l’oeuvre de Lienhard, parce qu’elle fait montre d’un grand déséquilibre dans sa structure et dans la qualité de la présentation. Tout d’abord, on doit relever un traitement très inégal des trois monothéismes qu’il entend présenter, et ce, jusque dans la division des sections de chaque chapitre : les unités taxinomiques qui structurent le livre sont le catholicisme, l’orthodoxie, le protestantisme, le judaïsme et l’islam. Par conséquent, pour chacune des thématiques abordées, une confession chrétienne jouit de la même importance qu’une des deux autres religions abrahamiques. Il en découle une impression de nivellement des réalités juives et musulmanes par rapport à la mise en exergue de la complexité chrétienne : en effet, si l’auteur rend compte des nuances qui distinguent les principales confessions chrétiennes, il ne souligne que rarement les différences qui séparent les sunnites des chiites, et il passe essentiellement sous silence l’articulation du judaïsme en ses trois courants orthodoxe, conservateur et réformé. Ce déséquilibre se répercute inévitablement sur le niveau d’approfondissement qui est offert pour chacune de ces traditions (entre autres, par rapport à la bibliographie consultée) et sur la qualité de la réflexion que l’auteur mène sur celles-ci dans leur rapport aux questions d’actualité. Malheureusement, on doit noter que la répartition des sujets présentés, en référence à ces traditions, est aussi très inégale : par exemple, on ne peut éviter de souligner la superficialité des informations qui sont fournies dans le dernier chapitre, qui semble avoir été ajouté dans le but de justifier le titre – très général – du livre. Enfin, un autre problème – qui constitue, de fait, un énième déséquilibre – est constitué par la confusion entre les approches : la dimension descriptive, qui vise une présentation neutre et détachée de la matière, est mal harmonisée avec …
Marc Lienhard, Les religions abrahamiques, Lyon, Éditions Olivétan, 2022, 478 p., ISBN 9782354796013[Record]
…more information
Fabrizio Vecoli Professeur titulaire, Institut d’études religieuses, Université de Montréal

