L’ouvrage d’Anton Van der Lingen analyse les crises politiques, sociales et religieuses provoquées par la destruction de Jérusalem et la déportation à Babylone. Structuré de manière chronologique, il se divise en quatre parties : l’histoire des royaumes de Juda et d’Israël, les événements précédant la chute de Jérusalem, l’expérience de l’exil en Mésopotamie et ses conséquences culturelles et théologiques, et enfin, le retour d’exil et les défis de la reconstruction du peuple juif. Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur retrace l’histoire des royaumes de Juda et d’Israël jusqu’à la chute de Samarie, en mettant en évidence leurs spécificités respectives. Grâce aux données archéologiques, bibliques et extrabibliques, il dépeint Israël comme un royaume prospère et influent, tandis que Juda, moins documenté, semble avoir joué un rôle secondaire jusqu’à la disparition du royaume du Nord. L’analyse des relations entre les deux entités révèle des interactions fluctuantes, oscillant entre conflits et alliances. L’auteur souligne également l’instabilité structurelle du royaume du Nord, due à son hétérogénéité tribale et à l’absence d’unité religieuse. Enfin, s’appuyant sur les écrits prophétiques de cette période, il décrit une société marquée par des inégalités, où une élite nordiste privilégiée vivait dans le luxe au détriment des classes défavorisées. La seconde partie de l’ouvrage examine la situation de Juda à la veille de la chute de Jérusalem, une période marquée par une soumission successive aux Assyriens, aux Égyptiens, puis aux Babyloniens. Les tensions politiques, économiques et religieuses de cette époque sont mises en évidence, en tenant compte des choix des monarques, de l’évolution théologique des prophètes et des divisions internes entre factions pro-égyptiennes et pro-babyloniennes. Certaines incohérences des sources bibliques sont également relevées, notamment l’image idéalisée du règne de Josias dans le Second Livre des Rois, qui contraste avec l’absence de mention de ce roi chez des prophètes contemporains tels que Jérémie et Ézéchiel. La supposée pureté cultuelle de Juda est remise en question par la mise en lumière d’un syncrétisme religieux au sein du Temple de Jérusalem. Enfin, l’auteur examine les débats théologiques de cette période et l’impact des prophètes Abrias, Jérémie et Ézéchiel, qui ont contribué à une redéfinition de la foi en YHWH. Selon lui, leur pensée a permis d’abandonner des croyances erronées et d’adopter une spiritualité fondée sur une relation contractuelle avec Dieu, préparant ainsi le peuple à affronter la destruction de Jérusalem et la perte du Temple. Dans la troisième partie de son ouvrage, Van der Lingen analyse le séjour des Judéens en Mésopotamie, mettant en évidence le caractère davantage théologique qu’historique des sources bibliques traitant de cette période. À travers l’étude du terme « exil » (GLH), il conclut que cette notion repose avant tout sur une construction théologique, malgré des ancrages historiques. Il remet en question l’idée d’une rupture totale entre les exilés et ceux restés en Judée, s’appuyant notamment sur les échanges épistolaires entre Jérémie et le prêtre Shemaya (Jr 29,24ss). L’analyse nuancée du contexte babylonien qu’il propose met en lumière la tolérance des Babyloniens et les conditions relativement favorables pour les exilés, qui jouissaient d’une certaine liberté pour organiser leur communauté et préserver leur identité culturelle et religieuse. Toutefois, il évoque aussi quelques difficultés rencontrées, telles qu’illustrées dans les textes de la diaspora, notamment Daniel, Esther, Judith et Tobit. L’auteur relève aussi des divergences théologiques importantes dans la littérature prophétique de l’exil soulignant par exemple que, pour Isaïe et Jérémie, le thème du « reste » porte un message d’espoir, tandis qu’Ézéchiel le traite d’une manière plus pessimiste. Enfin, il examine les influences mésopotamiennes sur les textes bibliques, en établissant un parallèle entre la vision deutéronomiste du châtiment divin …
Anton Van der Lingen, L’exil à Babylone : une crise salutaire. Israël se divise, se perd et se réinvente. Lyon, Éditions Olivétan, 2024, 225 p.[Record]
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Benoît Désiré Toum
Université Laval, Québec