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Recensions

Emmanuel Falque, Spiritualisme et phénoménologie. Le cas Maine de Biran. Paris, Presses Universitaires de France (coll. « Chaire Étienne Gilson »), 2024, 310 p.[Record]

  • Yves Meessen

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  • Yves Meessen
    Université de Lorraine, Metz

La pensée de Maine de Biran (1766-1824) ne se laisse pas enfermer dans l’alternative : ou bien « sentiment du moi », ou bien « fait primitif de l’effort ». Telle est l’option qu’explore E. Falque en montrant l’inséparabilité du « spiritualisme » et de la « phénoménologie » chez le philosophe de Bergerac. L’auteur des Essais sur les fondements de la psychologie met à jour la distinction entre sensation (« avoir une sensation ») et perception (« sentir une sensation »), jetant ainsi un pont entre l’extériorité et l’intériorité (p. 63s.). Merleau-Ponty et Michel Henry le considèrent tous deux, bien qu’ils en tirent des interprétations différentes, comme l’inventeur du « corps propre ». La comparaison avec l’analyse de la statue par Condillac est éclairante. Contrairement à ce qui se passe chez ce dernier, aucun « c’est moi » ne jaillit en portant la main sur les parties extérieures de son corps (p. 120). À cette vision de soi par l’extérieur, Biran oppose la découverte du « moi » à travers une « aperception immédiate interne de la coexistence du corps », lequel est simultanément « le fait primitif » (p. 169). Mais, cette passivité interne à l’occasion de l’action peut également se retourner, en quelque sorte, contre le sujet : « Plus nous sommes vivement affectés, moins nous percevons et connaissons » (p. 189). Voilà ce qui intéresse E. Falque et qui fait l’originalité de son ouvrage. Se lançant dans une « contre-histoire de la folie », il exhume des analyses peu connues dans lesquelles Biran fait une expérience singulière : « j’accorde à quelque agent mystérieux différent de moi », dit-il, « le pouvoir actuel efficace des actes ou mouvements dont je me sens la cause » (p. 205). Par « invasion successive », cette cause étrangère peut provoquer une « suspension progressive de l’exercice du vouloir et de l’effort » jusqu’à « l’obscuration et l’éclipse totale du sentiment du moi » (p. 214). Le sujet se retrouve alors en dehors de son état habituel de résistance et d’effort. Suivent de belles descriptions phénoménologiques de situations limites dans lesquelles « l’homme est hors de lui et étranger à lui-même » : les songes, l’ivresse, le somnambulisme, l’idiotisme. Par ce livre, qui nous dévoile un Maine de Biran inhabituel, E. Falque prolonge son exploration philosophique « aux confins de la phénoménalité ».