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Dossier

Liminaire[Record]

  • Yves Meessen

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  • Yves Meessen
    Section CNU : Section 76 - Théologie catholique, Université de Lorraine, Metz

Voici exactement 1 700 ans que le concile de Nicée promulguait le credo. Y sont rassemblés, en quelques propositions, les points fondamentaux de la foi chrétienne. Qui confesse le credo adhère à ces propositions comme étant vraies. Or, cela pose la question de la vérité de la foi dans son rapport à la raison. Plus précisément, est-ce le quod, le fait même de l’adhésion, ou le quid, les propositions comme telles, qui est l’élément déterminant de la foi ? Sur ce point, tant les penseurs chrétiens anciens et médiévaux que les contemporains sont partagés. À trop solliciter l’un ou l’autre des pôles de l’alternative, ne risquons-nous pas de perdre ce qui fait le caractère spécifique de la foi ? Pour le dire avec les mots d’Austin, pouvons-nous reconduire le credo soit à un discours constatif, soit à un discours performatif, de manière unilatérale ? Ou bien, comme le propose Pierre Gisel, ne s’agit-il pas plutôt de « rendre compte du ‘constatif’ comme ‘performatif’ » ? Cette thèse s’appuie sur un fait commun de tout langage concernant son rapport à la vérité. Une assertion est une coquille vide si elle n’est remplie par une expérience correspondante. Comme l’affirmait déjà Platon, un mot n’est jamais en rapport direct avec la chose qu’il désigne, encore faut-il que l’usager soit lui-même affecté par ce qui est énoncé. Dès lors, le schème de l’adaequatio rei et intellectus est insuffisant. L’énonciation de foi est un engagement qui se traduit par une transformation existentielle. C’est dire que le rapport entre théorie et pratique est d’emblée interactif. Affirmer « Je crois en Dieu le Père tout-puissant » n’a de sens que si, d’une manière ou d’une autre — souvent très pauvrement peut-être mais parfois très intensément —, j’expérimente cette recommandation de l’apôtre Paul : « avec crainte et tremblement, mettez en oeuvre votre salut, car c’est Dieu qui fait en vous le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant » (Ph 2,13). Sans engagement éthique, la connaissance de Dieu reste lettre morte. Voilà qui permet d’envisager le rapport raison et foi à nouveaux frais. On ne peut en effet attendre une démonstration propositionnelle valable rationnellement avant toute mise en oeuvre. Au contraire, la mise en oeuvre fait elle-même partie de la démarche de connaissance. Mais, sur ce point, n’avons-nous pas à entendre les leçons du passé ? Aurions-nous la prétention de croire que nous sommes les premiers sur cette voie ? Tournons-nous vers la période médiévale pour voir ce qu’il en est. Dans son ouvrage Raison et foi (2003), Alain de Libera fait valoir une alternative au schéma d’Étienne Gilson auquel souscrit Jean-Paul II dans l’encyclique Fides et ratio : une montée progressive vers la pensée de Thomas d’Aquin suivie d’une période de décadence. Cette vision de la scolastique, trop monolithique, ne tient pas compte de l’originalité de l’école colonnaise. Au milieu du xiiie siècle, Albert le Grand décide d’intégrer la philosophie péripatéticienne gréco-arabe comme voie d’accès à la béatitude annoncée par le christianisme. Maître Eckhart hérite de cette innovation et en fait l’épine dorsale de son articulation entre philosophie et théologie. Il l’annonce dans un écrit latin programmatique : Sermon pour la fête de St. Augustin. Ce n’est pas la métaphysique mais l’éthique qui devient chez lui la voie royale de la théologie : ethica sive theologia. Or, si l’éthique est identifiée à la théologie en tant que recherche spéculative, elle est aussi confirmée par l’approche pratique : ethica sive practica. De la sorte, l’action et la contemplation sont réunies. C’est dans l’exercice même des vertus …

Appendices