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Introduction

La gestion de classe, en tant que compétence à la fois fondamentale et complexe, occupe une place centrale dans l’acte d’enseigner. Selon Evertson et Weinstein (2006, p. 4; traduction libre), la gestion de classe désigne « l’ensemble des démarches ou des actions entreprises par les enseignants en vue de créer un environnement propice aux apprentissages ». Son importance est largement reconnue, notamment en ce qui a trait à l’engagement et à la motivation des élèves à apprendre. Toutefois, la recherche éprouve encore des difficultés à en capturer toutes ses facettes. En effet, les études se concentrent davantage sur les pratiques déclarées par les enseignants ou perçues par les élèves, tandis que l’analyse des pratiques effectives, réellement mises en oeuvre en classe, demeure sous-explorée. C’est cette problématique qui a guidé l’organisation du symposium intitulé « Étude des pratiques de gestion de classe : outils, méthodes, enjeux et potentiels en recherche », tenu lors du 12e colloque international en éducation en 2025. L’événement a rassemblé six présentations scientifiques portant sur l’étude des pratiques effectives de gestion de classe, mobilisant des méthodologies variées et ancrées dans différents contextes éducatifs, de l’enseignement secondaire à l’éducation physique et à la santé (EPS), en passant par l’adaptation scolaire. Cette chronique propose une synthèse critique de l’évènement à partir de deux constats qui ont émergé des présentations et des discussions : (1) l’importance de croiser les perceptions des enseignants (pratiques déclarées), des élèves (pratiques perçues) et des observateurs (pratiques effectives), et d’analyser les écarts entre elles pour étudier les pratiques de gestion de classe à travers cette trilogie; (2) l’apport des dispositifs méthodologiques comme levier pour l’analyse des pratiques et la formation à la gestion de la classe. La figure 1 cartographie les présentations et illustre leurs liens avec les deux constats. Chaque item est accompagné de mots clés permettant d’en préciser l’objet. Un tableau annexé à cette chronique présente l’ensemble des communications.

Figure 1

Cartographie des contributions des communications aux axes du symposium

Cartographie des contributions des communications aux axes du symposium

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1. Croiser les perceptions et analyser les écarts pour étudier les pratiques effectives

Les présentations ont d’abord mis en lumière la nécessité de croiser les perceptions des différents acteurs (enseignants, élèves, observateurs [ex. : chercheurs, directions, psychoéducateurs], etc.) pour comprendre les pratiques effectives de gestion de classe mises en oeuvre et, ultimement, les faire évoluer. Ce croisement de perceptions permet aux enseignants de prendre conscience des écarts entre leurs intentions déclarées (ce qu’ils pensent faire) et leurs pratiques effectives (ce qu’ils font réellement), puis d’adapter ces dernières pour mieux répondre aux besoins des élèves et au contexte d’enseignement. La présentation de Boisclair-Châteauvert et al.(2025) portant sur les pratiques enseignantes au secondaire visant à soutenir la motivation des élèves a mis en évidence un écart entre les perceptions des enseignants et celles des élèves, notamment en ce qui concerne le soutien à l’autonomie et l’engagement. Ces écarts, qui se réduisent au fil de l’année, montrent une adaptation progressive des pratiques des enseignants pour mieux répondre aux besoins des élèves et favoriser leur engagement. Dans la même veine, Carpentier et al. (2025) ont montré que les enseignants surestiment souvent leurs pratiques proactives de gestion de l’indiscipline. Les observations en classe révèlent plutôt des pratiques majoritairement réactives, influencées par les contextes immédiats (p. ex., la gravité de l’incident, le climat de la classe, etc.) et les dynamiques relationnelles (entre élèves et enseignant). La confrontation entre les pratiques déclarées et celles observées a également été examinée par Amamou et al. (2025) qui ont élaboré une grille d’observation des pratiques effectives de gestion de classe des stagiaires en EPS. Le développement de cette grille s’appuie sur leurs recherches antérieures, lesquelles mettent en évidence une tendance des stagiaires à surestimer leur sentiment d’efficacité personnelle à gérer la classe, soulignant la nécessité d’étudier leurs pratiques effectives. En cohérence avec les constats de Carpentier et al. (2025) les résultats révèlent une prévalence d’interventions réactives plutôt que préventives pour gérer l’indiscipline chez les stagiaires en EPS. Par ailleurs, dans leur présentation, Massé et son équipe (2025) abordent la question de l’écart entre les intentions et les pratiques déclarées en explorant les conditions pour lesquelles les enseignants peinent à mettre en oeuvre les pratiques recommandées auprès des élèves présentant des difficultés comportementales (PDC). Les pratiques effectives dans cette recherche s’appuient sur la triangulation des propos des enseignants, des directions scolaires et de membres des services complémentaires. En s’appuyant sur la théorie du comportement planifié, les auteurs mettent en lumière la convergence des propos qui pointent le rôle déterminant des croyances cognitives et de contrôle des enseignants quant à l’efficacité et à la faisabilité de l’implantation des interventions individualisées et des attributions externes sur les attentes et les rôles respectifs à tenir auprès de ces élèves. De plus, la surcharge de travail, le manque de temps et de concertation ainsi que l’absence de soutien structuré accentuent l’écart entre les recommandations et les pratiques effectivement mises en oeuvre auprès de ces élèves.

2. Les dispositifs méthodologiques comme levier d’analyse et de formation

Un deuxième constat ayant émergé lors du symposium met en lumière l’importance de mobiliser des instruments, d’outils et des approches méthodologiques contextualisés pour comprendre et situer la complexité et la diversité des pratiques effectives. La vidéoscopie à 360°, présentée par Caron et al. (2025) constitue un exemple original de méthodologie immersive permettant aux stagiaires de confronter leurs pratiques filmées, déclarées et projetées. Cette démarche réflexive, fondée sur l’auto- et l’hétéro-confrontation (par un autre observateur), offre aux stagiaires un espace d’analyse fine et contextualisée, essentiel pour développer un regard critique sur leurs pratiques et sur les ajustements nécessaires de celles-ci. Dans la même perspective, Verret et ses collaborateurs ont présenté le système d’analyse des comportements des élèves en éducation physique et à la santé (SACE-EPS) qui permet de prendre en compte l’écologie des comportements des élèves au sein du contexte de la classe. Le dispositif d’observation intègre les chaînes événementielles d’occurrence des comportements des élèves et les interactions de la part de l’enseignant au sein d’un environnement particulièrement dynamique, propre aux cours d’EPS. Ce système contribue à une compréhension plus structurée des fractures et du rythme des activités en tenant compte de l’historicité de la construction des comportements des élèves. Le système offre le potentiel de soutenir la réflexion critique des enseignants sur la pertinence et l’adaptation de leurs interventions. Cet outil, à l’instar des autres grilles d’observation présentées (p. ex., Amamou et al., 2025 et Carpentier et al., 2025), constitue un dispositif méthodologique validé, permettant d’étudier les pratiques effectives en gestion de classe. Les résultats issus de leur utilisation vont au-delà de la simple analyse des pratiques mises en oeuvre, en identifiant des cibles de formation spécifiques à la lumière des difficultés observées, notamment en ce qui a trait à la gestion de l’indiscipline et au soutien à l’engagement des élèves.

Conclusion

Ce symposium nous invite à (re)considérer la gestion de classe, non pas comme un assemblage de techniques ou de stratégies figées, mais comme un ensemble de pratiques dynamiques et évolutives, façonnées par différents facteurs. En effet, les présentations ont mis en lumière la manière dont la gestion de classe est influencée par la diversité des perceptions : celles des élèves, qui évoluent au quotidien au sein du climat de la classe ; celles des enseignants, qui déclarent, projettent et ajustent leurs actions ; celles des observateurs, qui consignent et « objectivent » les pratiques ; ainsi que celles des chercheurs ou formateurs qui proposent des pratiques recommandées et/ou en interrogent la pertinence et l’applicabilité. Cette pluralité des perceptions met en évidence la nécessité de créer un espace de compréhension partagée et de recourir à des approches de recherche telles que la recherche-action ou la recherche collaborative, afin d’approfondir l’analyse des pratiques effectives de gestion de classe et de mieux accompagner les enseignants dans un contexte scolaire de plus en plus complexe et exigeant. Dans cette perspective, les présentations du symposium ont permis de partager des méthodologies, des dispositifs et des outils – tels que des grilles d’observation et des systèmes d’analyse – qui constituent des leviers méthodologiques essentiels pour analyser les pratiques effectives en gestion de classe. Or, à la lumière des questions soulevées par les praticiens présents lors du symposium, trois enjeux principaux demeurent :

  • Comment s’assurer que les retombées de ces recherches répondent aux besoins réels des milieux scolaires et des acteurs ? Et comment garantir qu’elles trouvent une application concrète pour contribuer à l’évolution des pratiques ?

  • Comment étudier l’évolution des pratiques de gestion de classe dans le temps (de manière longitudinale), sur une étape, une année, voire une carrière d’enseignement ?

  • Comment développer des approches de recherche qui considèrent la complexité des milieux éducatifs dans toutes leurs dimensions – caractéristiques des élèves, contraintes organisationnelles, ressources disponibles, charge de travail, etc. – en reconnaissant que ces conditions d’exercice influencent tant l’efficacité que la nature même des pratiques ?

Répondre à ces questions appelle un engagement collectif, fondé sur une logique de partenariat et de dialogue constant entre chercheurs, praticiens, formateurs et décideurs. C’est en consolidant ces liens que nous pourrons, collectivement, développer des repères communs et des pratiques partagées, afin de soutenir les enseignants face aux défis liés à la gestion de classe et de favoriser la réussite de tous les élèves.

Tableau 1

Liste des communications présentées dans le cadre du Symposium

Liste des communications présentées dans le cadre du Symposium

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