Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Comptes rendus bibliographiques

ALILLOUCH, Rachid (2023) Les projets urbains au Maroc. Entre injonctions à la durabilité, circulations des modèles et greenwashing. L’Harmattan, 318 p. (ISBN 978-2-14-048390-5)[Record]

  • Dominique Royoux

…more information

  • Dominique Royoux Université de Poitiers

L’ouvrage de Rachid Alillouch, architecte-urbaniste, enseignant-chercheur dans diverses institutions universitaires au Maroc et chercheur associé au laboratoire Population, Environnement, Développement de l’Université d’Aix-Marseille en France, traite d’un sujet déjà amplement abordé depuis le début du XXIe siècle, c’est-à-dire depuis les premières tentatives d’application du concept de développement durable sur différents terrains à travers le monde. Mais l’auteur le décline de deux manières originales. Dans les deux premières des trois parties qui structurent l’ouvrage, il s’attache d’abord à déconstruire les notions de « projet urbain » et « d’urbanisme de projet », puis à établir les liens qui se sont tissés entre elles, de même que leur apport au simple terme « planification », trop limité à ses yeux. Il montre finalement que la « multidimensionnalité » que ces dimensions recouvrent, ou devraient révéler, a préparé l’avènement du concept de développement durable, bien compris comme la prise en compte simultanée des orientations environnementales, sociales et économiques des projets de territoire. La confrontation de ces thèses de l’urbanisme avec les réalités marocaines constitue le deuxième apport de l’ouvrage. L’auteur l’illustre par deux exemples décrits de manière détaillée dans la troisième partie : l’aménagement de la Vallée du Bouregreg, près de Rabat-Salé, et celui de « l’éco-cité » de Zenata, au sein du Grand Casablanca. Ce terme « éco-cité » a été préféré par les autorités à « ville nouvelle » qui a connu des fortunes diverses dans le contexte marocain, et plus largement, maghrébin. La troisième partie de l’ouvrage, consacrée à l’analyse complète de l’évolution de ces projets au Maroc, est la plus originale. Rachid Alillouch y construit un appareillage critique sur les difficultés de mise en oeuvre de la « durabilité » de ces grands aménagements, dont la conception est d’abord le résultat de la recherche d’une monumentalité associée à une manifestation du pouvoir politique royal, trop copiée, à ses yeux, sur les standards internationaux. Ces standards ignorent les retombées sur les territoires concernés, la coopération des acteurs locaux et l’acceptation des populations vivant sur place, principales caractéristiques des dimensions reconnues des principes de développement durable. Beaucoup d’aspects particuliers de ces projets ne se réalisent finalement pas ou s’étirent indéfiniment dans le temps malgré les soutiens financiers internationaux et à cause, notamment, de l’instauration de mécanismes de gouvernance trop verticaux. On finit ainsi par prendre plus en compte leur aspect paysager et s’orienter vers la mise en place de trames vertes ou d’aménagements favorables à la « mobilité douce ». Une phrase de l’auteur (p. 264) résume bien le propos en parlant de la place des projets bioclimatiques au sein de ces grands aménagements, d’abord portés par la volonté du roi du Maroc : « [Ils] sont plus ancrés dans le système international qu’ils n’ont de relations avec le local et les territoires qui les accueillent ». L’auteur insiste sur le caractère toujours aussi « flou », voire « ambigu », du concept de durabilité, ce qui en limite l’application, laquelle serait toutefois reconnue comme vertueuse par le grand public. La même confusion caractérise, selon lui, les définitions des notions de projet urbain ou d’urbanisme de projet dont les acteurs attendaient qu’elles renouvellent la vision trop restrictive de « l’urbanisme réglementaire ». Rachid Alillouch montre néanmoins tout l’apport historique des écoles d’urbanisme italienne et catalane, leurs visions d’ensemble des aménagements et, notamment, de l’architecture des centres-villes – le cas de Bologne est abondamment cité – pour évoluer vers une conception privilégiant des « parties de ville », plus favorables à une implication des habitants dans la conception et la conduite des projets. Plusieurs réalisations urbanistiques, en France notamment, sont évaluées …