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Comptes rendus bibliographiques

MAILLARD, Dominique (2022) La gouvernance de l’eau en Californie. De l’illusion de l’abondance à la gestion de la pénurie. L’Harmattan, 293 p. (ISBN 978-2-14-027454-1)[Record]

  • Claude Marois

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  • Claude Marois Université de Montréal

La question de l’eau occupe une place prépondérante dans l’espace public, notamment dans les médias et dans le milieu scientifique. Quelle région, quel pays n’est pas préoccupé par la rareté de l’eau, par l’accès à l’eau, par les risques naturels pour l’eau, etc. ? Même dans les pays développés, le problème se pose de plus en plus et, pour certains d’entre eux, cet enjeu a presque toujours existé. Le cas de la Californie est très intéressant à cet égard, car l’histoire de cet état est intimement liée à celle de l’eau. Le livre de Dominique Maillard traite avec rigueur de cette question importante. L’ouvrage est constitué de quatre parties. D’abord, en introduction, l’auteur relève les particularités et les fils conducteurs de l’histoire de l’eau, surtout en matière de politiques publiques. Il note que, tout au long de cette histoire, l’élaboration de politiques de l’eau et de son utilisation a été le résultat de rapports de force ainsi que des interactions entre les différents niveaux de gouvernance (local, régional, provincial, fédéral) et où les intérêts privés et les acteurs politiques se sont toujours croisés. La collaboration à laquelle ces interactions ont donné lieu a été le fruit de compromis issus des alliances changeantes entre des groupes de pression publics et privés et l’administration. Cela a eu pour effet de transformer « l’accès à l’eau en une croissance économique et démographique accrue qui, à son tour, a généré un nouveau déficit des ressources, de nouveaux conflits, de nouvelles rivalités et de nouveaux intérêts locaux antagonistes » (p. 14). L’auteur souligne la relation complexe entre la culture politique américaine et les politiques de l’eau mises en place dans l’état, d’une part et, d’autre part, les contradictions à travers des considérations sur l’environnement ainsi que sur l’opposition entre les intérêts hydrauliques divergents de la Californie septentrionale et ceux de la Californie méridionale. À cela il faut ajouter l’émergence de groupes de pression antagonistes, notamment les écologistes devenus des acteurs incontournables dans les « guerres de l’eau ». La première partie du livre constitue un long préambule et une entrée en matière très utile sur l’histoire de l’eau en Californie. D’abord, Maillard décrit, d’une part, le régime climatique californien caractérisé par des cycles d’extrêmes sécheresses et des régimes de précipitations extrêmes et, d’autre part, l’importance des ressources en eau et du réseau hydrographique de l’état. Puis, il souligne l’effet positif des communautés aborigènes sur la gestion des ressources en eau dans des milieux géographiques très différents, entre autres, les milieux côtiers ou fluviaux, les plaines, les vallées, les milieux de piedmont, montagneux ou désertiques. Il explique ensuite que, durant la période coloniale espagnole, concernant les droits d’accès à l’eau et le statut juridique des droits collectifs, ceux-ci primaient sur les droits individuels. Cette primauté des droits collectifs sera d’ailleurs souvent évoquée durant toute l’histoire de l’eau en Californie, contre l’idée de monopole agricole (l’agribusiness californien). Cette partie se termine sur le rôle important des villes de Los Angeles et San Francisco dans la répartition des ressources en eau disponibles sur le territoire californien. Très tôt dans son histoire, la ville de Los Angeles a confié son approvisionnement en eau à l’entreprise privée, tout en affirmant ses droits sur toute l’eau disponible dans le bassin hydrographique du fleuve Los Angeles. Déjà en 1904, elle admettait que, pour assurer sa croissance, il lui fallait découvrir de nouvelles sources d’approvisionnement. San Francisco a fait de même, avec les mêmes conséquences, à savoir l’insuffisance des quantités mises sur le marché, la pauvreté de la qualité de service et les prix très élevés. Dans les deux cas, ces villes …