L’ouvrage recensé, dont le titre français autorisé est Les traces de papier de la loi d’exclusion des Chinois de 1923, porte sur des pans peu connus de l’histoire canadienne et de l’histoire du droit public canadien. Le 1er juillet 1923, la Loi concernant l’immigration chinoise est entrée en vigueur. Elle interdisait l’immigration chinoise au Canada, sauf pour quelques rares exceptions. Elle prévoyait une obligation d’enregistrement, devant être satisfaite au 30 juin 1924, de toutes les personnes d’origine chinoise au Canada. Elle a été abrogée en 1947. Dans l’intervalle, 44 personnes venant de la Chine ont été admises au Canada (p. 49). Alors que les excuses du gouvernement fédéral ont eu pour objet principal la taxe d’entrée discriminatoire, les conséquences de la Loi concernant l’immigration chinoise ont été infiniment plus graves pour les communautés chinoises du Canada (p. 203). La loi a été renommée par la communauté chinoise « Loi d’exclusion », appellation que nous retenons ici, et aussi « Cruelty Act » (p. 17). L’ouvrage traite des effets de la Loi d’exclusion sur ses destinataires, à travers le prisme de récits biographiques. Basé sur la thèse de l’auteure, il résulte d’un travail réalisé pendant la période 2019-2025, intitulé The Paper Trail Project to the Chinese Exclusion Act. Il a d’abord été actualisé, entre 2023 et 2025, dans une exposition multimédia au Musée canadien chinois à Vancouver. L’ouvrage recensé ici en constitue une suite ; il puise également dans des sources non utilisées pour l’exposition. Notons que Montréal a bénéficié en 2024 d’une petite exposition consacrée à ce thème, à partir du projet. Historienne communautaire chevronnée, Catherine Clement est décorée (2020) de la Médaille du lieutenant-gouverneur de Colombie-Britannique pour son ouvrage Chinatown through a Wide Lens : The Hidden Photographs of Yucho Chow (p. 255). Cette institution récompense les ouvrages représentant une contribution significative à l’histoire de la Colombie-Britannique. En outre, l’Université Simon Fraser lui a décerné un doctorat honoris causa. En règle générale, les spécialistes de l’histoire communautaire travaillent de manière indépendante, hors des universités. Cependant, il existe un large spectre relationnel, et Clement entretient des liens étroits avec le milieu universitaire. Le professeur Henry Yu, de l’Université de la Colombie-Britannique, l’a soutenue dans son travail en mettant à sa disposition les services d’un groupe de ses étudiants (p. 238). En outre, l’Université de la Colombie-Britannique a créé, à partir des documents utilisés pour le projet, un fonds d’archives numériques en accès libre. Enfin, lors de la tournée de lancement de l’ouvrage en 2025, l’auteure a été systématiquement reçue, dans les provinces canadiennes anglophones, par les universités. Les six chapitres composant l’ouvrage suivent une séquence chronologique par rapport à la Loi d’exclusion. Le premier s’intitule « Discovering the Paper Trail », où l’auteure explique la naissance du projet. Le deuxième, « The Arrival of the Cruelty Act », détaille le contexte législatif et la lutte des Chinois contre la Loi d’exclusion et contre l’obligation d’enregistrement. Le troisième chapitre, « The Experience of Exclusion », comporte deux divisions : « The Defeated » et « The Survivors », dont les titres parlent d’eux-mêmes. Le quatrième chapitre, « Sowing the Seeds of Change », est consacré à la contribution des communautés chinoises à l’effort de guerre (1939-1945) et à la lutte renouvelée pour l’abrogation de la Loi d’exclusion. Le cinquième chapitre, « From the Ashes of Exclusion », est divisé en deux : « The Forever Bachelors » et « The Long Road to Reunion ». Il illustre les fractures de la vie familiale résultant de la Loi d’exclusion. Le sixième et dernier chapitre, « 100 Years Later …
Catherine Clement, The Paper Trail to the 1923 Chinese Exclusion Act, Oakville (Ontario), Plumleaf Press, 2025, 256 p., ISBN : 9781069093516.[Record]
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Hélène Piquet Université du Québec à Montréal
