Le présent compte rendu marque l’aboutissement d’un cycle de rencontres tenu dans le cadre du Séminaire international de droit social comparé France–Québec, coorganisé par l’Université de Bordeaux et l’Université Laval, qui s’est déroulé en 2024 et 2025. À cette occasion, les échanges ont réuni des professeures et des professeurs ainsi que des étudiantes et des étudiants venant de différents programmes de droit et des relations industrielles. Des présentations orales ont précédé des tables rondes destinées à problématiser et à résoudre une thématique tant cruciale qu’incontournable : l’âgisme au travail. Nous avons l’ambition, dans ce compte rendu, de rester fidèles à la richesse et à la diversité des échanges sur la question. Notre objectif est de refléter le plus justement possible l’essence de notre recherche collective et ses principaux résultats. Familière à certaines personnes participantes, étrangère à d’autres, la notion d’âgisme se prête, ô combien, à la discussion, surtout lorsqu’elle réunit de nombreux horizons nationaux et disciplinaires. La question de la méthode de travail collective à adopter s’est naturellement posée dès les premiers échanges. Le travail comparatiste et pluridisciplinaire a été en effet un creuset aussi fertile que stimulant pour réfléchir à des concepts transversaux. Il comportait cependant le risque d’échanges de façade, où l’illusion de la langue commune masque des divergences sémantiques profondes. En prenant conscience de ces difficultés au fil des discussions, nous avons constaté que la plus grande prudence s’imposait dans notre travail. Il nous faudrait nous armer de modestie, chasser nos idées reçues et prendre du recul sur nos approches respectives pour voir dans quelles mesures elles pourraient mutuellement s’éclairer, voire s’enrichir. Nous avons alors estimé que le fait d’interroger le phénomène de l’âgisme supposait de s’entendre au préalable sur ce qu’il désigne (partie 1). Ce néologisme, né d’un côté de l’Atlantique, a pu mettre du temps avant d’être reçu de l’autre. Voyageant d’un continent à l’autre et mobilisé dans diverses disciplines, le terme « âgisme » apparaît en effet chargé de sens : selon le prisme à travers lequel on l’observe, il révélera des réalités singulières. Surtout, ce n’est pas le seul concept utilisé pour décrire le phénomène ainsi désigné : pour leur part, les chercheuses et les chercheurs de la France ramènent l’âgisme venu des Amériques sur le terrain de la discrimination, notion qui, elle-même, retentira différemment dans l’esprit de leurs homologues du Québec, juristes comme spécialistes des relations industrielles. L’écueil était de projeter et de plaquer ses propres acceptions sur celles des autres. Il convenait alors de savoir depuis quelle qualité la personne s’exprimait pour éviter de déformer ses dires : la démarche soulève bien évidemment des difficultés méthodologiques, puisque les recherches dans le domaine des sciences sociales cherchent à nommer et à comprendre un phénomène social, tandis que le droit aspire à créer des catégories juridiques en vue d’appliquer un régime juridique. La simple traduction du concept d’âgisme issu des sciences sociales en catégorie juridique à proprement parler n’est donc pas chose facile. Une fois chaque individu situé, la synergie et la synthèse de leurs acceptions ne devaient pas être envisagées au risque de toutes les dénaturer par la construction d’un concept transcendantal d’âgisme totalement fictif. Notre étude préliminaire et effervescente du champ notionnel a peu à peu glissé vers celle des interactions possibles entre droit et sciences sociales (partie 2). Les droits français et québécois mobilisent tous deux, quoique de manière distincte, les sciences sociales sur l’âgisme. Il convenait alors de se pencher sur des cas concrets. Notre choix s’est porté sur les façons dont les producteurs de normes dans les deux ordres juridiques se sont appuyés sur des travaux de sciences …
L’âgisme au travail : un compte rendu de recherches comparées et collectives[Record]
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Éléonore Blondiau Doctorante à l’Université de Bordeaux.
Elsa Givois Doctorante à l’Université de Bordeaux.
Tanguy Trévidic Doctorant à l’Université de Bordeaux.
Doria Vandaële Doctorante à l’Université de Bordeaux.
Émilie Lessard-Mercier Doctorante à l’Université Laval.
Adeline Medjane Doctorante à l’Université Laval.
Florence Megninou Doctorante à l’Université Laval.
Cédrole Niangou Doctorant à l’Université Laval.
Marc Ntontolo Doctorant à l’Université Laval.
Marc Zongo Doctorant à l’Université Laval.
