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Dossier : Le colonialisme dans les espaces du Québec contemporain Introduction

Penser le colonialisme dans les espaces du Québec contemporain[Record]

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Le rapport du Québec au colonialisme demeure un champ en exploration. Une littérature scientifique a pensé le Québec en mettant de l’avant une sociologie dite « des petites nations ». On y souligne, notamment de manière comparative, les tensions et les ambiguïtés propres à l’analyse de sociétés tantôt minorisées et tantôt colonisatrices. Or, cette première caractéristique, laquelle met en lumière un Canada francophone pétri par les impérialismes européens et produit de choix et de mobilisations sociopolitiques et institutionnelles qui visent à assurer sa pérennité, a été davantage étudiée que la seconde, laquelle sous-entend plutôt un projet distinct porté par l’expansion démographique et l’occupation territoriale. Le colonialisme apparaît donc à la fois comme une notion qui, dans sa spécificité québécoise, demeure à cerner et comme un concept opératoire permettant d’ouvrir de nouveaux horizons méthodologiques. De manière contemporaine, le mouvement « Idle no more » et ses suites, l’opposition au développement de la rivière Magpie et à la réforme du régime forestier, les luttes mémorielles, la mort de Joyce Echaquan, les débats sur la notion de racisme systémique et la remise en question de modes de négociations habituels ont, par exemple, mis en exergue dans le présent la pertinence du concept de colonialisme. Le legs et la mémoire des pensionnats pour Autochtones demeurent notamment largement absents de la recherche scientifique francophone, même s’ils se trouvent au centre d’interventions culturelles et artistiques autochtones au Québec depuis plusieurs décennies. Des chercheurs et des chercheuses soulignent d’ailleurs le besoin d’élargir les référents comparatifs tout en reconnaissant que, malgré son caractère de « société neuve », le Québec reproduit les rapports de domination de l’Ancien Monde et ainsi les contradictions inhérentes aux aspirations émancipatrices de plusieurs mouvements nationalistes, notamment dans ses relations avec les nations autochtones. Au fil des XIXe et XXe siècles, le Canada français apparaît à la fois conquis (c’est-à-dire assujetti à l’ordre impérial britannique) et colonisateur (c’est-à-dire porteur de son propre projet de colonisation). L’écoumène québécois, d’abord limité à la vallée du Saint-Laurent et aux terres qui longent la frontière américaine, prend alors, notamment sous l’impulsion de l’Église catholique et de son vaste réseau institutionnel, des proportions continentales. La constitution concomitante des ressources naturelles et du territoire comme objets de savoirs étatiques à des fins de contrôle, d’inventaire et de développement capitaliste devient, dans une certaine mesure, l’assise d’une prospérité matérielle tangible pour la majorité, surtout à partir des Trente Glorieuses. Cette forme de territorialisation des espaces délimités par les frontières de la province, qui s’agrandissent et ne se fixent qu’à partir du début du XXe siècle, s’accompagne ainsi de l’accaparement de ressources, de l’occupation de nouvelles régions, de la dépossession de communautés autochtones et d’un projet d’affirmation politique et national. Catherine Larochelle et Ollivier Hubert pensent d’ailleurs la vallée du Saint-Laurent comme point de départ d’une entreprise coloniale franco-québécoise dont l’ambition politique, religieuse et territoriale s’étend jusque dans l’Ouest canadien. Comme le notent Isabelle Bouchard et Mathieu Arsenault, le colonialisme au Québec se fait en effet à des échelles variables. Les visions de contrôle et de développement qui accompagnent l’annexion de l’Ungava et le développement hydroélectrique de l’après-guerre embrassent, par exemple, de vastes espaces, surtout septentrionaux. L’image en couverture de ce numéro évoque ces visions. L’Abitibi y est non seulement organisée et cadastrée rationnellement en cantons, sans égard pour l’histoire algonquine et anichinabée de ces territoires, mais ceux-ci, en recevant des noms de régiments et d’officiers de l’armée du marquis Montcalm, raccordent cette région ouverte à la colonisation qu’à partir des années 1910 à l’ordre symbolique du Canada français et de ses anciens foyers de peuplement. Nombre de Canadiens …

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