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Provencher St-Pierre Laurence, 2025, Collections et collectionnement : une ethnologie du quotidien muséal. Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « Chaire Fernand-Dumont sur la culture », 172 p.[Record]

  • Pia Torregrossa

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  • Pia Torregrossa Centre d’anthropologie culturelle (CANTHEL), Université Paris Cité, Paris, France

Qu’est-ce que le collectionnement ? Et en quoi consiste, concrètement, la gestion d’une collection muséale pour les musées de société ? C’est à ces questions que répond Laurence Provencher St-Pierre dans son ouvrage paru en 2025 aux Presses de l’Université de Laval. Comme l’annonce le titre, il s’agit de s’intéresser à ce qui fait le quotidien des collections muséales et de s’inviter dans leurs coulisses pour comprendre leur fonctionnement du point de vue des acteurs qui en ont la charge. L’ouvrage, très bien écrit et illustré de photos de terrain, est construit en cinq chapitres contenant chacun trois à quatre sous-chapitres. L’objectif du livre est d’éclairer non seulement le rapport aux collections, mais aussi les pratiques de collectionnement à l’oeuvre dans trois musées de société du Québec : le Musée de la civilisation à Québec, le Musée POP à Trois-Rivières et l’Écomusée du fier monde à Montréal. L’enquête ethnologique (2016-2018) repose sur des observations de situations ciblées (réunions, visites, rencontres avec des donateurs, etc.), la réalisation d’entretiens semi-directifs, l’analyse de documents institutionnels et le suivi plus serré de l’activité du personnel du Musée POP. Au total, treize personnes ont pris part à l’enquête : « Un directeur, une coordinatrice, un responsable de collections, quatre conservatrices, trois conservateurs, deux techniciennes en muséologie et un stagiaire » (p. 8). C’est là toute la force du travail de l’auteure : s’intéresser à la diversité des acteurs et offrir au lecteur des points de vue multiples pour saisir la réalité de la gestion des collections et sa quotidienneté. L’ouvrage s’ouvre par une mise en contexte à l’échelle du musée (chapitre 1), visant à définir la catégorie des musées de société au Québec, puis à la réinterpréter à la lumière des réalités que l’auteure rencontre. D’un musée à l’autre, elle revient sur l’histoire de chaque institution afin de mettre en évidence les liens entre leurs trajectoires respectives et les pratiques de collection qu’elles ont développées. La collection devient un « outil d’autodéfinition » (p. 11-23) permettant à chaque musée d’afficher un statut muséal et d’être reconnu comme un musée de société, mais aussi comme un instrument de différenciation au sein même de cette catégorie. Que ce soit le musée d’État, le musée intermédiaire ou l’écomusée, le lecteur saisit ici la façon dont le collectionnement peut être un levier pour maintenir son statut muséal, actualiser sa démarche et, comme l’auteure le rappelle plus loin, « conserver des collections cohérentes avec les spécificités de sa mission institutionnelle » (p. 133), chacune avec ses logiques, ses questions et ses contraintes. Les chapitres suivants (chapitres 2, 3 et 4) déplacent la focale à l’échelle du personnel pour rendre compte de ce que le collectionnement produit aussi bien sur les objets de collection que sur les personnes qui en ont la charge. Pour cela, Laurence Provencher St-Pierre nous invite à penser le collectionnement comme une expérience, focalisant son attention tout autant sur les gestes des acteurs et les objets qu’ils manipulent que sur les espaces qu’ils investissent. Des salles d’exposition aux réserves, bureaux et salles de réunion, elle montre au-delà des règles et des normes qui régissent la gestion d’une collection de quelle façon le langage, la gestualité et la maîtrise des espaces consacrés aux objets s’acquièrent et se précisent au contact répété des objets. Cette répétition crée une quotidienneté et contribue à instaurer une proximité avec les objets muséalisés. Au fil du temps se tisse un lien d’attachement aux objets, à leur matérialité, à leurs histoires, des histoires qui se transmettent au sein des équipes et qui révèlent que les collections ne sont pas figées. Elles vivent, s’inscrivent dans …

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