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Anthropolémiques

Amades, acteur historique de l’anthropologie de la santé francophone. Un retour pour le futur Amades, a key historical actor in francophone medical anthropology. A look back to move forward [Record]

  • Alice Desclaux and
  • Aline Sarradon-Eck

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  • Alice Desclaux IRD, TransVIHMI (Université de Montpellier, IRD, Inserm), alice.desclaux@ird.fr

  • Aline Sarradon-Eck Aix-Marseille Université, Inserm, IRD, SESSTIM, ISSPAM, Marseille, France, aline.sarradon@inserm.fr

À l’heure où les institutions académiques sont menacées par les coupes budgétaires, les initiatives associatives sont attendues pour porter une part de la transmission des savoirs et du renouvellement de la réflexion qui assurent la vie scientifique d’une discipline. Mais le peuvent-elles dans la durée ? La question se pose pour l’association Amades (Anthropologie médicale appliquée au développement et à la santé), créée il y a 38 ans. Pour soutenir cette réflexion à un moment critique de son existence, nous présentons ici un retour sur la vie de l’association afin de suivre l’adage : « Savoir d’où l’on vient, permet de choisir où l’on va. » L’Amades a été créée en 1988, après les principales sociétés savantes en anthropologie médicale – Society for Applied Anthropology et Society for Medical Anthropology (désormais section de l’American Anthropological Association) aux États-Unis, British Medical Anthropology Society en Grande-Bretagne, AGEM en Allemagne – toujours actives sous diverses formes dans le paysage global de l’anthropologie médicale. En France, dans un contexte de multiplication dans les années 1980 des travaux ethnographiques sur la maladie et les soins, que le CNRS tente de regrouper (Benoist, 2012), Sylvie Fainzang (2006) reconnaît trois écoles (en plus de l’ethnopsychiatrie) : celle de l’anthropologie de la maladie (Augé, Zempléni, Laplantine), celle des ethnomédecines (Zimmerman, Epelboin), et celle de l’anthropologie médicale (Benoist). Jean Benoist a importé le terme « medical anthropology » du Canada où il a enseigné l’anthropologie pendant deux décennies. Les conflits d’ordre épistémologique et de personnes entre ces « écoles » perdureront plusieurs décennies, influençant en les sélectionnant les « sympathisants » d’Amades et ceux qui n’en seront jamais, jusqu’aux commissions d’attribution des postes dans les institutions académiques dans lesquelles se présenter comme membre actif d’Amades pouvait être pénalisant. Ces conflits expliquent également que la revue Anthropologie & Santé n’a pas souhaité être « la revue d’Amades » afin de ne pas être dépréciée a priori par les différentes « écoles ». Jean Benoist crée en 1984, à l’université d’Aix-Marseille, un centre de recherche associé au CNRS (le Laboratoire d’écologie humaine et d’anthropologie) puis en 1986, un DEA d’anthropologie bioculturelle. Des étudiants de ce DEA le sollicitent pour créer l’Amades ; d’autres étudiants en composent le premier bureau. Le choix du nom est censé refléter l’identité de l’association en quatre termes : Anthropologie médicale situe son champ ; appliquée est délibérément polysémique, recouvrant à la fois la définition et la transformation de l’objet, pour refléter le double objectif de connaissance et/ou de changement social ; au développement est un terme consensuel dans les années 1980, qui renvoie à la notion de développement humain, opposée à la seule croissance économique, restée dans les paradigmes des Nations Unies et de leurs Objectifs de développement durable, cadre de référence en santé mondiale ; et à la santé marque la volonté de dépasser le champ du pathologique, en abordant la médecine de diverses manières, y compris comme une ethnomédecine. Les premiers membres de l’association ont des parcours divers : majoritairement médecins ayant une pratique de soin et/ou alternant études et exercice en contexte éloigné (socialement ou culturellement), mais aussi (jeunes) ethnologues. Certains membres sont inscrits dans les cursus en SHS ouverts aux professionnels de santé (médecine, pharmacie, infirmiers, sage-femmes, administrateurs d’établissements), ou exercent dans le secteur social ou humanitaire. Les adhésions sont souvent motivées par le « trouble » provoqué par des expériences d’altérité ou un questionnement des membres sur le sens de leur pratique. Lors de l’assemblée générale de l’association de 1990, les 110 adhérents rassemblaient 1/3 de professionnels de santé, 1/4 de chercheurs en sciences sociales, 1/3 …

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